FREDERIC BASTILLE

MULATRE DE LA REVOLUTION

 

 

D’après une nouvelle de Nady Nelzy

 

Dialogues

Ina Césaire & Nady Nelzy

 

 

 

 

Pièce radiophonique

Jouée et diffusée

Sur  les RFO

 

Créé en 2002 à l’occasion de la commémoration

De l’éruption de la Montagne Pelée

1902/2002

SACD 2145JHK975

DEPOT 120590

 


 

 

 

 

                      FREDERIC BASTILLE, MULATRE DE LA REVOLUTION

                                            

                                                 (Version minutée)

 

 

Générique musical : «  La complainte du Mont Pelé » : sur ce fond musical, lecture en voix off du nom des comédiens et de leurs rôles. Fin de la musique (1,12mn).

 

 

 Scène 1 : La Verette

 

VOIX OFF : Après le dernier Carnaval de 1902, Hôpital de la Charité, Maison de Santé de Saint-pierre, salle commune, puis chambre privée d’Elise.

 

(Lambeaux de musiques, de chants et de rires stridents. Une furieuse voix féminine, celle de Sœur Luc, tente de calmer ses malades surexcitées. Celles-ci lui répondent par des huées et des chansons lestes, reprises en chœur) :

 

     CHANSON :     A ti bolôm, gro bolôm

                             Tshinbé-mwin, soukwé mwin   (ter)

                             Livrézon pa ni sézon…

                             Epi ki lajan - sa, man ké péyé loyé kay-la ? (Bis) (1)

 

 

LA RELIGIEUSE (SOEUR LUC) : Vous n’avez pas honte, toutes autant que vous êtes ?

 

CHŒUR DES MALADES (Voix  féminines) : Non, non, ki rhont é sa ? (2)

 

UNE MALADE : Faut  bien qu’on s’amuse !

 

SŒUR LUC : Vous appelez ça vous amuser ?

 

UNE AUTRE MALADE : Ma sè, ou konprann man té ké rété isiya, pandan Kannaval té ka bat ? Sa ou ka di mwin la, an ? Ou sav ki laj man ni, ma Sè : Man ni 25 ans asou tèt mwin ! (3)

 

SŒUR LUC : Je vous ai déjà demandé d’essayer de parler français ! Vous savez cependant que, native du Sud-ouest,  je ne comprends goutte à votre patois !

 

UNE MALADE (Avec un rire hystérique) : Man fè yan lafèt, yèroswè ! Sakré Tambou ! Man pa mèm sonjé man té malad toujou ! (4) (Elle entonne l’air de la dernière biguine à la mode dont les autres malades reprennent en chœur le refrain) :

 

 

                        

(1)     Chant leste de l’époque : Trad : Ah petit bonhomme, gros bonhomme/ Tiens moi bien et secoue-moi/ Pas de saison pour la livraison…/ Sinon, avec quel argent pourrais-je payer mon loyer ?

(2)     Trad : Non ! Pourquoi aurions-nous honte ?

(3)     Trad : Croiriez-vous que je serais restée là pendant que le Carnaval battait son plein ? Vous savez mon âge, ma sœur ? J’ai 25 ans !

(4)     Trad : Quant à moi, j’ai tant fait la fête, Sacré Tambour,  que j’en ai oublié ma  maladie !

 

 

 

 

    CHANSON :     Man Kaliko té ni trwa jèn ti fi

                            Trwa ti jèn fi ki té ka fè la vi (bis)

                            Pandan Man Kaliko pa la

                            Sé ti fi-a ka janbé finèt

                            Pandan Man Kaliko pa la

                            Sé ti fi-a ka jwé klarinèt (1)

 

 

SŒUR LUC : Mais vous avez donc perdu la tête ? Dois-je vous rappeler que vous êtes malades ? La verette est une maladie très contagieuse et votre inconséquence a du la propager en ville !

 

 UNE MALADE PLUS AGEE : Ma Sè, sé pa ou qui té ka mandé tant an bel parôl an frasé, an ? Mi yonn ! (Elle articule en détachant soigneusement les syllabes) : A-près- nous-le dé-luge ! (Elle se met à chanter d’une voix cassée) :

 

         CHANSON  :    La Ri Zabim, té ni an vié Madanm

                                  Vié Madanm-la té ni an kaz an pay

                                  Dèyè kay-la, té ni an pié piman

                                  Shalè a vié fanm-ma brilé pié pimann-an, shè…(2)

 

PREMIERE MALADE : Pas besoin de vous signer, ma Sœur ! Personne n’a pu reconnaître vos malades bien-aimées ! Le Mercredi des Cendres, tout le monde a le visage recouvert de farine !

 

DEUXIEME MALADE (Riant aux éclats) : An tout manniè (3), avec ce que nous envoie la Pelée depuis quelques temps, pas besoin de se maquiller : c’est tous les jours Mercredi des Cendres !

 

AUTRE MALADE(Gaiement) : Quant à moi, si je dois mourir bientôt, j’aurai au moins profité de mon dernier Carnaval pierrotain ! Ta-a té sho, mèm ! (4)  (Elle se met à chanter) :

 

          CHANSON :    Sur le bord de la rivière

                                 Dé makoumè té ka fè dématé

                                 Non ta yonn s’appelait Pierre

                                 Non ta lôt-la s’appelait Amédée... (5)

 

Fuyant la salle commune  sous les rires et les huées des  malades-carnavalières, qui vont en s’amenuisant, Sœur Luc se réfugie (bruit de pas rapides) dans la chambre privée de la vieille Elise ou elle pénètre après avoir frappé discrètement à la porte.

 

 

 

(1)     Chant leste de l’époque : trad : Madame Calicot avait 3 jeunes filles/ qui menaient la grande vie :        

       En l’absence de Mme Calicot / Ces jeunes personnes-là enjambaient leur fenêtre/ pour jouer de la  

      clarinette…

(2)      (idem) : A  la rue des Abymes/ dans une case en paille/ vivait une vieille dame/ qui avait dans son jardin un  

        pimentier/ C’est la chaleur de la vieille dame/ qui mit le feu à l’arbuste…

(3)      « De toute manière… »

(4)      « Celui-là était vraiment chaud ! »

5)       Chant leste de l’époque : Sur le bord de la rivière / deux invertis se divertissaient / L’un se nommait  Pierre et l’autre Amédée…

 

 

 

 

ELISE (Voix lasse et âgée) : Entrez !

 

SŒUR LUC (Indignée) : Vous avez entendu, Madame Elise ?

 

ELISE (Calmement) : J’ai entendu, Sœur Luc…

 

SŒUR LUC : Ce sont des inconséquentes ! Des inconséquentes et des… dépravées !

 

ELISE : Ne soyez pas trop sévère, Ma Sœur. Beaucoup d’entre elles sont jeunes… et elles ont si peur !

 

SŒUR LUC : La peur devrait les rapprocher de Dieu ! (Elle se calme) Vous êtes bonne, Madame Elise et vous pardonnez toujours alors que c’est moi qui devrais le faire… Nous savons tous ici que c’est à votre dévouement que vous devez votre maladie. Malgré votre grand âge, vous vous êtes donnée sans compter pour soigner nos malades. C’est pourquoi j’ai chagrin de leur ingratitude… Mais laissons cela ! Je ne suis pas venue pour me plaindre de cette folle engeance ! Je tenais surtout à vous faire savoir que Monsieur Frédéric Baste était encore passé ce matin… Il a apporté des fruits de son jardin. Il dit que vous avez toujours été friande de pommes-cannelles !

 

ELISE : Je n’ai guère d’appétit, Ma Sœur… Offrez-les aux autres malades…

 

SŒUR LUC (Alarmée) : Il faut manger, ma bonne Elise ! Vous n’avez pas dans l’intention de vous laisser mourir de faim ? Vous savez bien que ce serait pêché ?

 

ELISE (Tristement) : Je meurs déjà de la verette, Ma Sœur. Pourquoi voulez-vous faire durer mes souffrances ?

 

SŒUR LUC (Ton grave) : Notre vie est entre les mains du Seigneur, Madame Elise ! Lui seul peut décider de la fin de notre temps sur terre…

 

ELISE : J’attends donc qu’il me rappelle à lui, Sœur Luc… J’ai déjà beaucoup vécu…

 

SŒUR LUC : Elise, ma Chère, vous entendre parler de la sorte ferait peine à votre Frédéric ! C’est lui qui vous a obligée à accepter de vous installer dans cette chambre confortable... Il vous est si attaché qu’il vient tous les jours et que, tous les jours, il me supplie de le laisser vous rendre visite, en dépit de la contagion !

 

ELISE (Suppliante) : Il ne faut pas lui céder, Sœur Luc ! Frédéric est comme mon fils !  C’est moi qui l’ai élevé et il me traite tout comme si j’étais sa défunte mère - qu’elle repose en paix -  et ce serait grand malheur s’il devait attraper la maladie… Il fait tant de bien autour de lui…

 

SŒUR LUC : On le dit en effet homme de cœur… bien qu’il ne fréquente guère les offices religieux…

 

ELISE : Le Bon-Dieu saura, j’en suis sûre, reconnaître les siens, Ma Sœur… Frédéric est un grand avocat et un homme aux idées avancées… Il a hérité cela de feu son grand-père qui se nommait, lui aussi, Frédéric et qui, bien que mulâtre, avait connu l’esclavage ! C’est pourquoi ses descendants se montrent si fort attachés à la défense des pauvres et à la liberté… Savez-vous qu’en sa prime jeunesse, à l’époque de la Révolution qui chassa les Rois de France,  le premier Frédéric s’était rendu à Paris ?

 

SŒUR LUC : Seigneur Jésus ! A Paris ?

 

ELISE (Fièrement) ! Parfaitement, ma Chère ! A Paris ! C’est son maître, le Sieur Arnaud de Lunéville, riche béké de Saint Pierre de la Martinique, qui l’y avait emmené, avec sa Da…

 

SŒUR LUC (Naïvement) : Sa Da ?

 

ELISE : C’est ainsi qu’on nomme chez nous les gouvernantes... La Da du jeune Frédéric s’appelait Maya. Elle était native d’Afrique noire et elle est morte à un âge quasi biblique, ici même, à Saint-Pierre… C’est Maya qui a recueilli ma mère pour lui apprendre le métier dont j’ai hérité, toujours au sein de cette famille qui est devenue la mienne…

 

SŒUR LUC (Emue) : Vous l’aimiez beaucoup, n’est-ce pas ? Je l’entends à votre voix…

 

ELISE : C’était pour ainsi dire ma grand-mère, Sœur Luc et, tout comme à ma bonne mère, je lui dois tout ...

 

SŒUR LUC : Moi-même, je suis née à Mont de Marsan et je ne suis jamais allée à Paris.

 Ah, Paris…

 

ELISE : C’est aussi à Paris, le jour même de la prise de la Bastille que Monsieur de Lunéville perdit la vie et que le jeune Frédéric de l’époque trouva un nom : celui de Bastille, qu’il s’attribua à lui-même ! 

 

SŒUR LUC : Voilà donc l’origine de ce patronyme !

 

ELISE : On dit « Baste », à présent, par cette vilaine manie qu’ont nos contemporains de tout simplifier… Pour moi, personnellement, comme pour tous ceux qui refusent d’oublier,     ils furent, demeurent et demeureront les «  Bastille » ! (Baissant le ton) : N’y voyez aucune intention malveillante, Ma Sœur, mais le temps, qui a passé, permet des révélations que l’on devait jadis garder secrètes…  Ce gros béké, Arnaud de Lunéville, n’était pas seulement le maître du premier Frédéric : Il en était également le père naturel !

 

SŒUR LUC (à la fois scandalisée et curieuse) : Que me dites-vous là ? Ma bonne Elise, il me reste quelque temps avant Vêpres et j’aimerai, si vous le voulez bien, vous entendre me narrer cette curieuse histoire…

 

ELISE : Maya me l’a contée tant de fois que j’ai l’impression d’entendre encore sa voix résonner à mon oreille…

 

(Musique d’épinette ou de clavecin).

 

                                                    Total :  6,30.

 

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Scène 2 : L’annonce du départ.

 

Personnages : Maya, Frédéric, Arnaud de Lunéville.

 

VOIX OFF : Saint Pierre de la Martinique. Habitation La Montagne. Janvier 1789.

 

(sur mur d’images)

 

MAYA : Je me souviens… Cette année là, la vie de Frédéric, dont le nom est aujourd’hui sur les lèvres de tous les pierrotains, devait prendre un tournant décisif… Cela fait bien longtemps, déjà… Vingt ans, peut-être… Frédéric allait vers sa 18ème année et moi, sa Da depuis toujours, je devais approcher de mes 60 ans… Je dis « sans doute », car j’ai toujours ignoré mon âge exact… Comme certains esclaves de l’Habitation, je ne suis pas née aux pieds de la Montagne Pelée, mais en Afrique… Je fais partie de ceux dont  notre maître disait  - je n’ai jamais su pourquoi - que nous étions nés « verts »…

Ce jour là, peu après la Noël, le temps n’avait cessé de changer, alternant pluie et soleil, vent et calme plat. Quelques éclairs avaient balafré le ciel, sans qu’on ait entendu le moindre coup de tonnerre… Des femmes s’étaient signées, pour éloigner le mauvais sort…  C’est pendant l’une de ces accalmies que feu Monsieur de Lunéville nous fit convoquer à la grande maison, Frédéric et moi… Devant la porte du bureau du Maître, nous fûmes bousculés par Madame de Lunéville, échevelée, le visage rouge et baigné de larmes. Au comble de l’énervement, elle marmonnait des injures entre ses dents et je crus distinguer le vilain mot de « bâtard ». Mon Frédéric, qui n’était pas de nature très affable, afficha son expression la plus hautaine tandis que la grande békée s’enfuyait en trébuchant  vers son boudoir, dans le désagréable crissement de sa robe de taffetas…

 

DE LUNEVILLE (Voix d’homme mûr, habituée au commandement) : Entrez ! (Bruit de porte) Maya, ferme la porte derrière toi ! (Maya s’exécute : bruit d’une porte qui se referme) Eh bien, Frédéric, toujours la mine austère ? Est-ce que tu progresses dans tes études ?

 

FREDERIC (Voix jeune et totalement dénuée d’aménité) : Je vous suis très reconnaissant de m’avoir doté d’un précepteur, Maître. Je travaille avec ardeur car je suis conscient de la rareté de ce privilège accordé à un esclave.

 

DE LUNEVILLE : T’ai-je souvent traité en esclave, mon garçon ?

 

FREDERIC : J’aurai aimé que mes frères en servitude puissent disposer des mêmes avantages que moi !

 

DE LUNEVILLE : Tu ne vois donc aucune différence entre eux et toi ? (Ton brusque) Approche… Ouvre la croisée… Que vois-tu, au loin, vers l’Est ? (Bruit de fenêtre qui s’ouvre. Au loin, chant d’esclaves au travail (1) et son de tambour  qui vont s’atténuer à la reprise de la conversation) Alors, que vois-tu ?

 

FREDERIC : Je vois des champs… Des champs de cannes à sucre…

 

DE LUNEVILLE : Et que vois-tu dans ces champs ?

 

FREDERIC (Froidement) : Je vois des hommes à demi nus qui travaillent, coutelas au poing !

 

(1) Chant  de travail en créole : Manzè Léroni, Dépayé /  Manzè  Léroni, wo /  (bis) / Malavwa pa ni pikan / Malavwa pa ka pikhé / Dépayé ala / Pa laghé sé kann-la(15 / 20 s).

 

 

DE LUNEVILLE  (Impavide) : Que font-ils ?

 

FREDERIC : Ils coupent la canne. Ils la coupent pour votre compte…

 

DE LUNEVILLE (Ton persifleur) : Vue acérée et analyse pertinente, mon garçon ! Continuons ! Qui sont ces travailleurs ?

 

FREDERIC (Glacial) : Ce sont vos esclaves, Monsieur de Lunéville !

 

DE LUNEVILLE : A la bonne heure ! Et toi, Frédéric, as-tu déjà coupé la canne ?

 

FREDERIC : Jamais, Monsieur !

 

DE LUNEVILLE : Et pourquoi, selon toi ?

 

FREDERIC : Certains chiens ont le droit de rester au salon, d’autres errent sur les routes, mais tous sont des chiens…

 

DE LUNEVILLE : Je vois avec plaisir que les enseignements de ce précepteur ne te sont pas inutiles ! Voilà que tu fais le philosophe ! Maya, sais-tu qu’on me rapporte qu’il apprend mieux que mes cancres de fils ? Cela met Madame de Lunéville en rage !  Que penses-tu de ce jeune bougre, toi, sa propre nourrice ?

 

MAYA : Maître, Frédéric est le soleil de mes vieux jours…

 

DE LUNEVILLE (Goguenard) : Joli compliment ! N’est-ce pas, Frédéric ? Maya parle comme un livre ! Suivrait-elle les mêmes enseignements que toi ?

 

MAYA (Fièrement) : Au jour d’aujourd’hui, Maître, je sais déjà lire !

 

FREDERIC : Maya ne me quitte jamais ! Elle remplace la mère que je n’ai pas eu le bonheur de connaître… 

 

DE LUNEVILLE (Brusquement gêné) : Bon ! Je ne vous ai pas fait venir ici pour évoquer le passé ! Alors, allons droit au but : vous n’ignorez pas que je prévois de partir pour la France, le mois prochain ?

 

MAYA : On m’a dit ça… Tout le monde sait, par ici, que vos envies de bouger vous reprennent à peu près tous le trois ans, à même époque… Ce n’est pas pour rien que vos amis du Cercle de l’Hermine vous surnomment « le béké voyageur » !

 

DE LUNEVILLE (Abrupt) : J’ai décidé de vous emmener à Paris !

 

MAYA (Interloquée) : Emmener qui ?

 

DE LUNEVILLE : Toi… et Frédéric !

 

FREDERIC et MAYA (Ensemble) : Moi ? Paris ?

 

DE LUNEVILLE : Vous deux ! A Paris !

 

FREDERIC (Calme) Et pourquoi cela, je  vous prie ?

 

DE LUNEVILLE (Impérieux) : Parce que tel est mon bon plaisir ! (Ton brusquement radouci) : Maya, ma chère, tu sais bien que je n’apprécie que la cuisine antillaise et que la tienne est la meilleure de toutes !

 

MAYA (Rêveuse) : Moi, en France ? Je n’ai pris le bateau qu’une fois… Mais j’étais si petite…

 

FREDERIC (Amer) : Un aller sans retour, il me semble et pas en première classe, d’après ce que je me suis laissé dire…

 

DE LUNEVILLE (Furieux) : Epargnez-moi ces souvenirs morbides ! Quoi ? Je vous fais un cadeau royal et vous faites la fine bouche ! Enfin, Frédéric ! Ne me dis pas que le vaste monde ne te tente pas ? Tu ne sautes pas sur l’occasion de voir autre chose que cette vieille Montagne à fondrières ?  Tu as peur de regretter ces champs de cannes que tu n’as pas connus ?

 

FREDERIC : Je n’ai pas cultivé la terre, Monsieur, mais vous m’avez, Dieu seul sait pourquoi, donné loisir de cultiver mon esprit ! Est-ce pour me permettre de mieux apprécier  la bassesse de ma condition que vous m’avez laissé accéder à la réflexion ?

N’auriez-vous pas fait un choix plus judicieux en faisant de moi l’un de ces « nègres à talent », comme vous les nommez,  qui ont appris à mener un attelage, à construire des cases ou à transformer le fer. Pour un homme qui ne s’appartient pas, un bon métier manuel - cocher, charpentier ou chaudronnier - n’est-il pas préférable à la maîtrise du discours en latin ou à celle  des principes de la géométrie ? Cette stupéfiante offre de voyage aurait-elle un sens caché ou ne s’agirait-il que d’une nouvelle  fantaisie ?

 

MAYA (Alarmée) : Frédéric !

 

DE LUNEVILLE (Ton indulgent) : Laisse donc, ma bonne Maya ! Ne dirait-on pas qu’il me reproche mes bienfaits ?

 

FREDERIC (Rêveur) : Mon précepteur m’a parlé de philosophes parisiens aux idées si éclairées que leurs  lumières seraient, dit-il, capables de faire vaciller les fondements de l’Ancien et du Nouveau Monde…

 

DE LUNEVILLE (Amusé) : Et tu prendrais le risque de manquer à ce rendez-vous des grands esprits ? (Reprenant son sérieux) : Cela t’étonnera sans doute, mon garçon, mais je suis, moi aussi, curieux d’ouïr autre chose que le ronronnement sans surprise de nos gras békés locaux et les jérémiades d’une épouse aigrie… J’ai hâte de connaître d’autres visages, d’autres salons et d’autres idées… Alors, qu’en penses-tu, Frédéric ? Et toi, Nourrice ? Tu seras ma gouvernante et Frédéric sera mon secrétaire !

 

MAYA (Enthousiaste)  Je suis partante, Maître !

 

FREDERIC (Calmement) : Je suis partant  moi aussi, Monsieur de Lunéville !

 

DE LUNEVILLE (Ravi) : Ma vieille Maya, il va te falloir préparer notre bagage ! Paris, nous voilà !

 

                                                               -6,30mn-

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Scène 3 : Le rapt, le voyage, la vente

Personnages : Maya et Frédéric.

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VOIX OFF : Paris. Mars 1789. Hôtel de Lunéville. Paris.

 

(Maya chante quelques phrases d’une vieille mélopée africaine aux accents nostalgiques : «Malaïma ». 

 

FREDERIC : Raconte-moi encore l’Afrique, Maya…

 

MAYA : Frédéric, mon petit, je t’ai déjà cent fois contée cette triste histoire…

 

FREDERIC : Je veux l’entendre encore une fois, Maya, ici, à Paris, en 1789 !

 

MAYA : …Ce jour là, garçon, comme tous les autres jours et à l’instar des autres parents, mon père et ma mère nous laissèrent au village, mon frère Oludah, ma sœur Azilé et moi-même, ainsi que les autres enfants, sous la garde des anciens.

Ils partirent aux champs en nous faisant mille recommandations car, depuis peu, d’étranges rumeurs se répandaient de concessions en concessions. Comme chaque matin, du haut de la petite butte, je fis un signe d’adieu en direction de la longue file des adultes qui s’éloignait vers le Sud. Je n’avais pas encore dix ans et j’ai passé l’essentiel de cette journée qui était belle et ensoleillée à jouer avec les fillettes du village. A l’époque, mon petit  frère Oludah était à peine âgé de neuf ans et  Azilé,  ma sœur aînée, avait presque deux ans de plus que moi…

Avant la tombée du soir, ma grand-mère maternelle nous appela et nous intima l’ordre de regagner les limites de notre enclos pendant qu’elle irait, avec les autres femmes d’âge, quérir de l’eau au puits situé un peu à l’écart du village…

Je somnolais déjà, la tête posée sur le giron de ma grande sœur, Azilé, qui fredonnait un air doux, celui - là même que je chantais tout à l’heure… (Elle fredonne l’air, à bouche fermée, pendant quelques secondes). Quelques minutes après leur fin, j’ignorais encore que je vivais alors mes derniers instants de bonheur…

Subitement, plusieurs étrangers qui s’exprimaient en une langue bizarre surgirent du néant et se jetèrent sur nous. Nous n’eûmes même pas le temps de pousser un cri.  Ils nous bâillonnèrent, nous lièrent mains et jambes et nous transportèrent, ma chère sœur et moi-même, à dos d’homme… Nous fûmes brutalement arrachées l’une à l’autre et je ne devais jamais revoir ni mon village, ni les miens…

 

Quant à la traversée… Je ne puis évoquer qu’un long cauchemar, peuplé de lambeaux d’images douloureuses mais fugaces… Le navire craquait et tanguait… J’ai du souffrir du mal de mer et j’ai passé le voyage couchée à fond de cale, entourée d’hommes et de femmes hagards et gémissants. Leur situation était pire que la mienne car mon jeune âge m’avait épargné les fers. Par un étroit soupirail qui permettait aux captifs de respirer, j’entrevoyais parfois l’océan, comme un éclair vert couronné de mousse blanche et le ciel, sombre ou clair, selon l’heure… Parfois, la trappe qui donnait sur le pont s’ouvrait et les bottes d’un homme apparaissaient brièvement  dans mon champ visuel. J’entendais sans comprendre les ordres qu’il aboyait. (Voix d’homme. Ordres gutturaux). Parfois, une femme en pleurs regagnait, à demi nue, sa misérable couchette. Parfois, un homme, au dos lacéré était brutalement projeté sur le sol de la cale sombre. J’ai entendu des cris et j’ai vu couler du sang. Je n’oublierai jamais l’odeur… Cette odeur de goudron, de sueur âcre, de déjections et de souffrance  humaine. Je songeais à mes chers parents, à mon village et je pleurais…(Chant « Malaïma », à bouche fermée).

 

Comment aurais-je pu imaginer, en débarquant sur la terre inconnue que ce que je venais de vivre n’était que le début de mes souffrances ? De la multitude d’humiliations que devait me faire subir mon amère condition d’esclave, l’expérience de la mise en vente fut sans conteste la pire

Je ne puis sans frémir me souvenir du jour fatidique où, après nous avoir durement frotté le corps d’un mélange de sable et de sel, puis lavés à grande eau et oints d’huile, nous fûmes, mes compagnons d’infortune et moi-même, entraînés de force vers un lieu  tenu secret et dans la totale ignorance de notre sort futur… Sous la menace du fouet, nos gardes chiourmes nous enchaînèrent les uns aux autres par groupes de six et nous contraignirent, quasi nus, à nous diriger vers la place du port ou était installée une longue estrade en bois mal équarri. Parqués dessous, nous attendîmes longtemps, tandis qu’une foule d’hommes blancs richement vêtus s’assemblait peu à peu autour de nous. Un maquignon hurlant, brandissant sa chicotte, nous faisait sortir par petits lots de notre abri précaire. Les femmes gémissaient, tentant de masquer leur nudité dévoilée et les nourrissons hurlaient, accrochés au sein de leur mère…

Les hommes adultes furent d’abord, un à un, offerts aux regards de la foule et c’est seulement à ce moment que, saisie d’horreur, je me rendis compte de l’intention de nos bourreaux : on nous vendait ! On nous vendait à l’encan, comme du bétail au marché !

Le premier que je vis traiter ainsi était un homme à la peau très noire que j’avais déjà remarqué sur le navire en raison de sa haute stature et de sa corpulence massive. Je ne savais d’où il venait car il ne parlait pas ma langue : lors de l’infamant voyage, nous avions tout naturellement eu tendance à nous rassembler, autant que possible, selon notre appartenance ethnique.

Par précaution, on lui avait conservé chaînes aux pieds et entraves aux mains. Je regardais ce géant terrassé, immobile et le visage sillonné de larmes amères qu’il ne pouvait essuyer. J’ignorais alors qu’un homme puisse pleurer. Jusque là, je croyais que seuls les enfants versaient des larmes… Encouragé par le marchand, un géreur monta sur l’estrade et se mit à lui palper les membres et les cheveux. Il lui fit ouvrir la bouche et inspecta soigneusement sa denture. Je vis alors le regard du colosse noir se fixer sur son négociateur et ce que je pus y lire me glaça le sang… Ce n’était pas de la peur. Ce n’était plus de la  honte. Je sus plus tard que c’était de la haine… (Bref moment de silence)

Eh bien, Frédéric… Tu ne m’as même pas interrompue… Tu n’as rien à dire ?

 

FREDERIC (Grave) : J’ai quelque chose à dire, Maya : j’ai hérité de la haine de cet homme !

 

                                                             6,30mn

 

 

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Scène 4 : Origine de Frédéric

 

Maya et Frédéric

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FREDERIC (tendre, mais grave) : Maya, ma douce Maya, tu sais combien je t’aime ?

 

MAYA : Ish-mwin, ou konprann man pa konnèt ou ? Wou mèm, ou ni an bagay pou mandé mwin (1) ? On dirait que, depuis que nous avons traversé la mer, tu es comme dévoré de curiosité…

 

FREDERIC : Je voudrais t’entendre parler de ma mère, Maya ! Tu m’as seulement appris qu’elle était esclave, qu’elle s’appelait Reine et qu’elle est morte…

 

MAYA : Qu’est-ce que tu veux savoir de plus, mon petit ?

 

FREDERIC : Je veux savoir tout ce que tu sais d’elle ! Comment suis-je né, Maya ? Tu ne peux pas te taire indéfiniment ! Quelques esclaves m’ont parlé et, depuis ma prime enfance, j’ai du subir de nombreuses allusions concernant mon origine, mais je n’en  connais en fait que quelques bribes…

 

MAYA : Je me doutais bien que ce jour là devait arriver… J’ai connu ta maman, c’est vrai… Elle est arrivée un jour à l’Habitation, parmi un petit groupe d’esclaves que le vieux De Lunéville avait fait acheter la veille par son géreur… Elle devait avoir 15 ou 16 ans…

 

FREDERIC : Décris-la moi… Comment était-elle ?

 

MAYA : Farouche, mon fils ! Farouche comme une gazelle africaine ! Impossible de lui tirer un mot, à tel point que certains l’ont un temps cru muette, mais ces yeux parlaient pour elle : ils lançaient des éclairs. Ce n’est pas pour rien qu’on l’appela Reine !

                        

FREDERIC : On m’a dit qu’elle était belle ?

 

MAYA : Shyin pa ka fè shat, mon fi (2) ! Tu lui ressembles… Elle était sombre et belle comme la nuit,  longue et mince comme la liane… sa peau était lisse et moirée, ses pommettes hautes et ses yeux en forme d’amandes… Certains disaient qu’elle était d’une race de bergers : les  Foulbé, si je me souviens bien…

 

FREDERIC : Elle a travaillé dans les cannes ?

 

MAYA : Pas longtemps, mon fils, pas longtemps… Sa beauté l’a vite fait remarquer  par les maîtres et elle a été choisie pour le service à la table de l’Habitation… Mais ils n’ont pas pu la garder…

 

FREDERIC : Pourquoi ?

 

MAYA : On dit qu’il s’est passé d’étranges choses… On a parlé de békés qui étaient tombés malades après avoir soupé chez les de Lunéville… Lorsque le vieux Monsieur a trépassé dans les vomissements, on a placé Reine au blanchissage…

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(1) Trad : Je te  connais bien, mon fils : Tu as quelque chose à me demander…

(2) Trad : proverbe antillais : les chiens ne font pas de chats (Sens de « telle mère, tel fils »)

 

FREDERIC : On l’a soupçonnée ?

 

MAYA : Peut-être…

 

FREDERIC : On l’a fouettée ?

 

MAYA : Fouetter Reine ? Non, mon petit … on n’a pas fouetté Reine !

 

FREDERIC : Parce qu’il n’y avait pas de preuves ?

 

MAYA (Avec un rire sans joie) : Non pas ! D’autres esclaves ont été fouettés, et même mis à mort sur de simples soupçons… Mais Reine, c’était Reine…

 

FREDERIC : Que veux-tu dire ? Elle bénéficiait donc d’un statut privilégié ?

 

MAYA : Tu as trouvé le mot exact, mon fils : un statut privilégié !

 

FREDERIC : Et pourquoi ça ?

 

MAYA : Tu veux vraiment le savoir, mon petit ?

 

FREDERIC : Je t’en prie…

 

MAYA : Frédéric, écoute-moi sans te fâcher : la beauté de Reine, ta mère, avait, bien contre son gré, éveillé une vive passion…

 

FREDERIC : Ne tourne pas autour du pot, Maya ! Etait-elle de mœurs faciles ? A-t-elle eu un amant dans la caste privilégiée ?

 

MAYA : Frédéric, mon garçon… Comme tu parles !

 

FREDERIC : J’ai dix-huit ans, Maya ! Je ne suis plus un enfant !

 

MAYA : Reine n’a pas eu d’amant, Frédéric, elle a eu un bourreau…

 

FREDERIC : Qu’essaies-tu de me dire ?

 

MAYA : A l’époque, le jeune Maître, Arnaud de Lunéville, venait tout juste de prendre femme… L’année précédente, il avait fait, pour complaire à son vieux père, ce qu’il était convenu d’appeler un beau mariage. Il avait épousé en grande pompe, à la Cathédrale de Saint Pierre, Aurore de Mérande, une jeune et riche héritière dont le père possédait à la fois une usine à rhum prospère du côté de Fonds Saint Jacques et le plus grand nombre d’esclaves de l’île…

 

FREDERIC : Et quel rapport avec ma mère ?

 

MAYA : J’y viens, mon petit… Ne sois pas aussi impatient ! A peine le jeune marié, Arnaud de Lunéville, eût-il posé son premier regard sur Reine, la belle esclave nouvellement achetée par son père qu’ il fut immédiatement saisi d’une irrésistible passion…

 

FREDERIC : Il en est tombé amoureux ?

 

MAYA : Frédéric, cher, le sentiment que lui inspira ta mère s’apparentait moins à  l’amour qu’à la rage !

 

FREDERIC : Et ce sentiment ne fut pas partagé ?

 

MAYA : Loin de là, Frédéric ! Dès le premier jour, Reine ressentit une aversion marquée pour le jeune maître qui s’ingénia pourtant, par la suite, à la séduire par de menus cadeaux ou par des attentions particulières… C’est ainsi qu’il lui épargna le pénible travail dans les champs de canne à sucre.

 

FREDERIC : Et ma mère ne lui fut pas reconnaissante ?

 

MAYA : Reconnaissante ? Bien au contraire ! Devant ce favoritisme qui l’isolait de ses camarades de misère, les esclaves, son aversion naturelle pour le béké ne fit que s’exacerber…

 

FREDERIC : Comment une simple esclave pouvait-elle exprimer ce sentiment ?

 

MAYA : Justement ! Cela lui étant interdit, elle devait ronger son frein car ses prérogatives, quoique réelles, n’étaient pas illimitées. Ce rappel constant à la situation servile que son caractère indomptable lui rendait insoutenable ne fit qu’exaspérer sa vindicte…Poursuivie sans relâche par les assiduités du jeune maître qui, par orgueil, souhaitait obtenir des faveurs non imposées, elle choisit  le marronnage et s’enfuit dans les mornes…

 

FREDERIC : Elle fut reprise, naturellement ?

 

MAYA : Il ne pouvait en être autrement ! De Lunéville, que la fuite de Reine avait rendu comme fou jeta à sa poursuite de véritables meutes d’hommes et de chiens qui écumèrent campagnes et forêts. Elle avait tenté de rejoindre un groupe de nègres marrons qui, disait-on, avait établi un camp dans les hauteurs mais, dans sa méconnaissance du terrain, elle n’avait jamais pu retrouver leurs  traces et, s’étant égarée, vécut huit jour, errante et solitaire, en se nourrissant uniquement de baies sauvages et buvant l’eau des sources. Lorsque les sbires du Propriétaire l’eurent retrouvée, ils la ramenèrent à l’Habitation pieds et poings liés, amaigrie mais inflexible. Ni une plainte, ni un mot ne s’échappèrent de ses lèvres, lorsqu’on la jeta dans la poussière, aux pieds du jeune maître.

 

FREDERIC : Que fit-il ?

 

MAYA : A la stupéfaction générale, devant tous les esclaves rassemblés pour l’ exemple et sous les yeux de sa mère et de son épouse, il se pencha vers la femme pantelante pour la redresser… mais celle-ci, dominant son épuisement, se leva d’un bond, évitant la main tendue de son maître… et tu ne sais pas ce qu’elle fit alors, Frédéric ? Tu ne sais pas ce qu’elle osa faire ? Elle cracha sur le sol, à deux pas des bottes reluisantes d’Arnaud de Lunéville !

 

FREDERIC (Fièrement) : C’était bien une Reine, Maya !

 

MAYA : Eh bien, mon pauvre petit, c’est de ce geste que tu naquis ! A la fois humilié et ébloui, le jeune béké se rendit, à la nuit tombée, dans le cachot ou l’on avait garrotté et enfermé la belle marronne et il abusa d’elle… Neuf mois après, mon cher enfant, tu voyais le jour…

 

 

FREDERIC (Amer) : Joli produit que celui d’un viol, et belle origine pour le teint clair que certains m’envient… (Saisi d’une rage froide) : Monsieur De Lunéville est un criminel !

 

MAYA : Il fut criminel, c’est vrai, mais poussé par une dévorante passion de jeunesse qu’il ne sut ni ne put maîtriser. Après la mort de Reine, il du  souffrir de pénibles remords, car les punitions corporelles furent désormais épargnées à tous ses esclaves : on ne fouetta plus jamais sur ses terres ! C’est un autre homme, aujourd’hui…

 

FREDERIC : Dieu pardonne, moi pas ! On m’a dit que ma mère mourut en couches. Je suppose que ce fut en me maudissant, moi, le mulâtre ?

 

MAYA : Il était dit, mon cher enfant, que Reine étonnerait tout le monde jusqu’à son dernier souffle... Le travail avait en effet été long et difficile et l’épuisement de la jeune accouchée laissait envisager une issue fatale... Lorsque la matrone, après t’avoir baigné et frotté des herbes bénéfiques, te posa sur son coeur, ta mère t’effleura d’une caresse et, elle qui était connue pour son fier mutisme, parla enfin et ce fut pour dire tout doucement, juste avant d’expirer : « Je t’aurais aimé, mon fils ! »

 

                                                             -6,30mn-

 

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Scène 5 : Hôtel particulier De Lunéville.  Ile Saint Louis. Paris. Mai 1789

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(Après dîner chez Arnaud de Lunéville. Ses invités : la Marquise de M. riche veuve royaliste, Monsieur De Chardonnay, béké , ami d’enfance d’Arnaud, de passage à Paris et  un jeune écrivain, abolitionniste notoire, Bernardin de Saint Pierre. La Marquise, s’accompagnant au piano, chante une mélodie à la mode.

 

LA MARQUISE (Chantant) : « Enfant de la noire Guinée

                                                 D’un ciel brûlant lointaine fleur

                                                 Ourika, fille infortunée

                                                 Déplorait ainsi son malheur :

                                                 France, Oh toi qui m’avait charmée

                                                 Toi que désiraient mes transports

                                                 Tu me cachais que sur tes bords

                                                 Je ne serais jamais aimée…

                                                 Blanche couleur, couleur des anges

                                                 Mon âme est indigne de toi

                                                 Aux cieux puissants que de louanges

                                                 Si tu l’avais faite pour moi…

                                                 Mais pour l’oubli tu m’as formée

                                                 D’Ourika termine le sort

                                                 C’est un si grand bien que la mort

                                                 Pour qui ne fus jamais aimée… »

 

(L’assistance applaudit à tout rompre).

 

HUGUES DE CHARDONNAY : Permettez moi de vous baiser la main, chère Dame ! Quelle voix exquise ! Arnaud, mon cher, on ne pouvait rien espérer de plus raffiné après de telles agapes ! En dépit des restrictions alimentaires dont nous souffrons à Paris, ton repas était délicieux et les plats relevés à souhait ! c’est bien simple : on se serait cru à la

Martinique !

 

DE LUNEVILLE : Tu entends ça, Maya ! On reconnaît tes talents !

 

MAYA : Je vous remercie, Monsieur.

 

DE LUNEVILLE : Sage précaution, il faut le reconnaître, que d’avoir songé à emporter dans tes bagages ton esclave cuisinière…

 

BERNARDIN : Le terme d’esclave, Monsieur de Chardonnay, sera, j’en suis persuadé, bientôt obsolète !

 

DE CHARDONNAY : Vous n’y pensez pas, cher ami ! Comment voulez-vous que vivent nos colonies, sans l’esclavage ? Nous autres, propriétaires terriens, qui avons construit ces terres lointaines, serions tous ruinés et le royaume de France en subirait, croyez-moi, un fort désastreux contrecoup économique !

 

 

BERNARDIN : Les problèmes économiques doivent, selon moi, céder le pas à  ceux qui concernent les droits de l’homme !

 

DE CHARDONNAY : Je n’ai pas l’heur de vous connaître, Monsieur, mais mon ami Arnaud m’a appris votre nom et  - à moins qu’il ne s’agisse que d’un pseudonyme - il est également celui d’une ville qui est chère à mon cœur : Saint Pierre !  Vous m’avez, je vous l’avoue, l’air d’un doux rêveur, Monsieur Saint Pierre et cela n’a rien d’étonnant… Ne m’a-t-on pas dit que vous étiez écrivain ?

 

DE LUNEVILLE (Intervenant pour éviter à la conversation de prendre un tour désagréable) : Et un fort brillant écrivain !

 

BERNARDIN : Il existe des gens qui demeurent toujours insensibles aux  belles lettres, comme aux grands sentiments… 

 

LA MARQUISE : Monsieur l’écrivain, on ne saurait  guère me targuer de libéralisme, mais votre récent ouvrage est tout simplement bouleversant !

 

DE LUNEVILLE : Je l’ai beaucoup aimé, moi aussi…

 

LA MARQUISE : En ce qui me concerne, je n’ai pu m’empêcher de verser des larmes à la mort cruelle de la pauvre Virginie, noyée par pudeur sous le regard de son amant ! Vous pouvez vous vanter de m’avoir gâté le teint et rougi les yeux !

 

BERNARDIN : La fin tragique de ce bel amour serait donc l’unique thème qui, dans mon pauvre récit, a pu vous émouvoir ?

 

LA MARQUISE : Non pas, mon cher ! J’ai été bouleversée, non seulement par la candeur de ces âmes enfantines, mais aussi par l’évocation du Paradis Perdu et l‘étonnante beauté des sites d’une île que vous décrivez à merveille ! Dans votre récit, on sent la patte d’un grand voyageur…

 

BERNARDIN (gêné) : Mes nombreux voyages m’ont en fait emmené vers d’autres cieux…

 

DE CHARDONNAY (Moqueur) : N’étant pas très féru en littérature, je ne me targuerai pas d’avoir lu votre roman, Monsieur Saint Pierre, mais je me suis laissé conter un passage qui, je l’avoue volontiers m’a arraché un sourire : c’est celui ou vous évoquez, m’a-t-on dit, les doux ébats des amoureux « à l’ombre des ananas en fleurs ». Pauvres jeunes gens ! Cette plante piquante et quasi rampante, courante dans le Nord de mon île, me paraît plus propice aux démangeaisons qu’aux caresses…

 

BERNARDIN (Ignorant l’intervention du béké) : Madame, accepteriez-vous de jouer à la devinette ?

 

LA MARQUISE (Etonnée) : Je vous écoute…

 

BERNARDIN : J’aurai, si vous le permettez, plusieurs questions à vous poser, belle dame … En voilà la première : de quelle couleur est votre ravissante robe ?

 

LA MARQUISE : Vous vous moquez, mon ami. Vous voyez bien qu’elle est bleue !

 

 

BERNARDIN : En effet. Et ce ravissant mouchoir brodé que vous portez de temps en temps à vos lèvres. De quelle matière est-il fait ?

 

LA MARQUISE : De coton, voyons ! Ou voulez vous donc en venir ?

 

DE CHARBONNAY : On peut se le demander, en effet !

 

BERNARDIN : C’est vous rappeler comme il sied à mon bon souvenir, Monsieur de Chardonnay ! Lorsque vous prenez le frais, après souper, sur la véranda de votre habitation, que prisez-vous ?

 

DE CHARBONNAY : Par Dieu, comme tout un chacun ! Je prise du tabac !

 

BERNARDIN : Et les épices ? Aimez-vous la cuisine épicée, Monsieur de Chardonnay ?

 

DE CHARDONNAY : Je suis un homme des îles, Monsieur l’écrivain !

 

BERNARDIN : C’est évident ! Revenons à vous, Madame. Quelle est donc la boisson chaude et veloutée que vous dégustez avec tant de grâce dans cette tasse de fine porcelaine ?

 

LA MARQUISE (sèchement) : du cacao au lait, Monsieur !

 

BERNARDIN : Autant dire du chocolat !

 

LA MARQUISE (Vexée) : Certes… C’est ainsi qu’on le nomme…

 

BERNARDIN : Et qu’avez-vous bu ce matin, au réveil ?

 

LA MARQUISE : Du café, comme vous-même, je présume… Ah ça, mon ami, avez-vous juré de me faire tourner chèvre ?

 

BERNARDIN : Loin de moi cette idée saugrenue, Madame la Marquise, mais les roses de vos joues, tout comme le teint d’albâtre que votre lecture de « Paul et Virginie » a failli gâter - ce qui eût été, j’en conviens, fort dommageable à vos admirateurs - d’où les tenez vous ?

 

LA MARQUISE : Je ne vois pas en quoi ce domaine peut intéresser un gentilhomme ?

 

BERNARDIN : Permettez-moi, Madame, de répondre à votre place : Cette immaculée blancheur et les couleurs qui la rehaussent,  vous les tenez du fard !

 

LA MARQUISE : Vous n’êtes qu’un impertinent, Monsieur !

 

BERNARDIN : Madame, j’ai regret de vous dire que, dans mon ouvrage, un fait important vous a échappé : S’il s’agit  bien d’un roman d‘amour, il se déroule sur un fond tragique…Un fond tragique que connaissent bien Messieurs de Lunéville et de Chardonnay, ici présents : celui de l’esclavage !

 

DE CHARDONNAY : Chez Monsieur Saint Pierre, ce thème semble décidément tourner à l’obsession !

 

 

BERNARDIN : (A de Chardonnay) : Je m’appelle Bernardin de Saint Pierre, Monsieur de Chardonnay ! (A la marquise) : Madame, Ces belles couleur de rouge et d’indigo dont se parent nos belles dames, le rose de leurs joues, le nacre de leur teint, le coton dont elles ouatent leurs jupes, le sucre, le café, le chocolat de leur déjeuner, les liqueurs fortes et les épices qui relèvent la saveur de leurs soupers galants… C’est la main de ces malheureux noirs qui a préparé tout cela pour elles ! Femmes sensibles, vous pleurez aux tragédies, mais ce qui sert à vos plaisirs est mouillé des pleurs et teint du sang des hommes !

 

DE CHARDONNAY (Furieux) : Monsieur, vous dépassez les limites de la bienséance !

 

BERNARDIN (Cinglant) : Je ne reçois aucune leçon de bienséance d’un homme qui en fait fouetter d’autres !

 

DE CHARDONNAY : Pas des hommes, Monsieur ! Des nègres !

 

BERNARDIN : Par respect pour la table et pour la personne de notre hôte, je ne vous demanderai pas raison de l’infamie que vous venez de prononcer, Monsieur de Chardonnay ! (S’adressant à De Lunéville) : Arnaud, mon cher, je suis au regret de devoir vous quitter…

 

DE LUNEVILLE : Messieurs, voyons, asseyez vous donc… nous sommes entre gens du monde et…

 

DE CHARDONNAY : Je ne suis pas du monde de ce Monsieur !

 

BERNARDIN : Vous m’en voyez ravi, Monsieur ! Le Nouveau Monde sent la chicotte !

 

DE LUNEVILLE (Légèrement éméché, agitant une sonnette) : Maya !

 

MAYA : Monsieur…

 

DE CHARDONNAY (Grommelant) : Monsieur ? Le mot « Maître » écorcherait-il les lèvres de cette moricaude ?

 

DE LUNEVILLE : Maya, ma chère, Frédéric s’est réfugié dans sa chambre pour étudier les textes de Monsieur de Voltaire. Veux-tu, je te prie, lui faire savoir que je les mande tous deux, lui et son livre… (Sortie de Maya. De Lunéville, s’adressant à ses invités) : Vous plairait-il une goutte de cet excellent rhum vieux, chers amis ? On dit  qu’il efface les humeurs sombres… Tiens, voilà Frédéric… Entre, mon garçon et salue la compagnie…

(S’adressant à  De Chardonnay) : Te remets-tu ce jeune homme, toi, Hugues de Chardonnay, qui a grandi à mes côtés à Saint Pierre de la Martinique ? N’y découvres-tu point quelques traits familiers ?

 

DE CHARDONNAY (Gêné) : En effet, il me semble que son visage ne m’est pas tout à fait  inconnu… Ne faisait-il pas partie de ta domesticité, à l’Habitation de la Montagne ?

 

 

DE LUNEVILLE : C’est exact, Hugues, mon bon ami. Je ne te pensais pas aussi physionomiste !  C’est qu’il y avait pourtant beaucoup de… monde à mon Habitation de la Montagne… Mais, depuis cette époque, il a beaucoup progressé… En veux-tu un exemple ? (S’adressant à Frédéric) : Frédéric, mon cher, peux-tu faire lecture à mes convives de ce texte que tu me disais tantôt affectionner tout particulièrement… Tu sais, celui que son auteur a intitulé « Le Nègre de Surinam »…

 

FREDERIC (Lisant, impavide) : «  Ceux dont il s’agit sont noirs depuis les pieds jusques à la tête et ils ont le nez si épaté qu’il est presque impossible de les plaindre… »

 

                                                           6,30 mn

 

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6ème Scène : Hôtel particulier de Lunéville. Arnaud et Frédéric puis Arnaud seul.

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DE LUNEVILLE (plutôt éméché) : Ils sont tous partis ?

 

FREDERIC : Tous.

 

DE LUNEVILLE : Maya est allée se coucher ?

 

FREDERIC : Elle a en effet fini par se décider à suivre votre conseil… Elle est fort lasse…

 

DE LUNEVILLE : C’est une brave femme…

 

FREDERIC : Une très brave femme, certes… Le bonsoir, Maître…

 

DE LUNEVILLE : Demeure, Frédéric… Il n’est pas si tard… Pour une fois que nous pouvons converser en tête à tête. Assieds toi donc…

 

FREDERIC : Je préfère rester debout, Maître.

 

DE LUNEVILLE : Sers-toi un peu de rhum millésimé. Sais-tu qu’il a plus d’âge que toi ?

 

FREDERIC : Je ne bois jamais d’alcool, Maître !

 

DE LUNEVILLE : Que tu es rigide ! Et pourquoi cela ?

 

FREDERIC : J’ai toujours pensé que le rhum n’était rien d’autre que la sueur du nègre !

 

DE LUNEVILLE : Encore un de tes aphorismes ! Je me flattais de penser que, ce soir au moins, tu serais content de moi !

 

FREDERIC : Content, Maître ?

 

DE LUNEVILLE : N’as-tu pas apprécié la façon dont nous avons berné le gros Chardonnay ? Cet imbécile m’agace depuis l’enfance…

 

FREDERIC : Monsieur de Chardonnay m’indiffère, Maître, mais j’ai fort apprécié la lecture du texte de Monsieur de Voltaire !

 

DE LUNEVILLE : Frédéric, cesse donc de m’appeler Maître, ça m’agace !

 

FREDERIC : Et comment donc puis-je vous nommer, Maître ?

 

DE LUNEVILLE : Monsieur suffira amplement.

 

FREDERIC : Va pour Monsieur.

 

DE LUNEVILLE : Tu as une tendance naturelle à  l‘insolence, n’est-ce pas ?

 

FREDERIC : Je ne sais de qui je la tiens, Monsieur. Je suis né de parents inconnus…

 

DE LUNEVILLE : Allons, Frédéric… Tu ne me feras pas croire que Maya ne t’a jamais parlé de tes origines !

 

FREDERIC : Elle m’en a parlé, en effet, mais j’ai tenté d’oublier ce qu’elle m’en avait dit ! Il n’y avait rien là de bien réjouissant…

 

DE LUNEVILLE (se servant un verre de rhum) : Tu sais donc qui était ta mère ?

 

FREDERIC : Je le sais… On l’appelait Reine… C’était une africaine… et une esclave.

 

DE LUNEVILLE : Une esclave, oui, mais d’une rayonnante beauté.

 

FREDERIC : Une beauté qui fit son malheur.

 

DE LUNEVILLE : Et Maya a-t-elle fait allusion à ton père ?

 

FREDERIC : Elle a fait allusion à mon géniteur. Oui, Maître.

 

DE LUNEVILLE : Je t’ai déjà dit de ne pas m’appeler Maître !

 

FREDERIC : Oui, Monsieur !

 

DE LUNEVILLE : Et sers-moi à boire, Frédéric ! J’ai la gorge sèche ! (Bruit de verre qu’on remplit… claquement de langue. Ton brusquement brutal) : T’a-t-elle révélé que c’était moi ?

 

FREDERIC : Elle m’a dit que j’étais le produit d’un viol ! Seriez-vous un violeur, Monsieur de Lunéville ?

 

DE LUNEVILLE (Furieux) : Prends garde, mon garçon ! Tu dépasses les bornes ! (Cherchant à retrouver son calme) : J’étais jeune, Frédéric… et j’étais fou d’amour.

 

FREDERIC : Ce que vous ressentiez n’était pas de l’amour, Monsieur, c’était un coup de sang ! Le désir brutal d’un nanti !

 

DE LUNEVILLE : Qu’en sais-tu ? Qu’en savent tous ceux qui m’ont si durement  jugé ? Sa mort m’a brisé le cœur !

 

FREDERIC : C’est pourtant vous qui l’avez tuée ! Vous vous êtes servi de moi comme d’une arme pour la tuer !

 

DE LUNEVILLE (accablé) : c’est bien à elle que tu ressembles, Frédéric. Ton cœur est aussi dur que la pierre d’obsidienne.

 

FREDERIC : Vous devriez savoir que la condition d’esclave n’est pas propice à adoucir les âmes…

 

DE LUNEVILLE : Si Reine avait daigné m’accorder un regard, j’aurais peut-être tout quitté pour vivre avec elle. Nous aurions pu gagner les îles anglaises.

 

FREDERIC (sarcastique) : Vous moquez-vous, Monsieur de Lunéville ? Vous auriez abandonné votre plantation, vos richesses et même votre famille ? Vous vous seriez expatrié, vous ? Pour une femme avec laquelle vous n’avez sans doute jamais échangé un mot ? Voilà bien la preuve qu’elle n’était pour vous qu’un corps sans âme !

 

DE LUNEVILLE : Détrompe-toi, Frédéric. Je lui ai parlé…Une fois…

 

FREDERIC (menaçant) : Une fois ?

 

DE LUNEVILLE : La nuit de…ta conception…

 

FREDERIC : La nuit de l’infamie ? Qui diable êtes-vous donc, Monsieur de Lunéville ?

 

DE LUNEVILLE (accablé) : Je ne suis pas un monstre mon petit, je ne suis qu’un homme… et ton père…

 

FREDERIC : Je ne sais trop ce que vous êtes en réalité, Monsieur de Lunéville, mais je puis vous affirmer que, pour moi, vous ne serez jamais un père ! Vous n’êtes que l’agresseur de ma mère ! (Il sort en claquant la porte).

 

DE LUNEVILLE (en un cri) : Frédéric ! (A mi-voix) Frédéric, ne me laisse pas seul… (Un instant de silence. Bruit des insectes nocturnes, puis évocation de Reine par de Lunéville resté seul) : Reine, soleil sombre de ma jeunesse… Comment avouer à l’enfant qui est né de notre unique étreinte que je n’ai osé te violenter que parce que j’étais ivre… Ivre, non comme ce soir ou les vapeurs de l’alcool épaississent mes pensées et alourdissent  ma langue, mais d’une ivresse violente qui m’avait, corps et âme, envahie après avoir subi l’humiliation de ton crachat public ! (Il se verse à nouveau un verre de rhum : cliquetis du cristal et bruit du liquide versé). Comment lui avouer que je revis chaque nuit cette nuit où je fus brusquement pris de folie ?

 

(Il revit la scène qui précéda le viol de Reine. C’est le jeune de Lunéville, qui, prit de boisson et éperdu de désir, pénètre, titubant et balbutiant, dans la geôle de la jeune esclave enchaînée) : Je veux te parler, Reine !

 

REINE : je n’ai rien à vous dire ! Vous êtes ivre !

 

DE LUNEVILLE : Ivre de toi, qui m’a rendu fou ! Daigne au moins m’écouter !

 

REINE : Je suis obligée de vous écouter !  Ne suis-je pas enchaînée ?

 

DE LUNEVILLE : Il ne tient qu’à toi, tu le sais, d’être libre et installée dans une jolie case, avec un petit jardin…

 

REINE : …et dans la jolie case, il y aurait une jolie chambre dont le lit vous serait ouvert…

 

DE LUNEVILLE : Ne pourrais-tu plutôt m’ouvrir ton cœur ?

 

REINE (Avec dégoût) : Mon cœur ? Vous avez acheté mon corps par violence et vous osez espérer mon cœur ?

 

DE LUNEVILLE : Je te propose une vie facile…

 

REINE : Vous m’avez rendue esclave. Vous ne ferez pas de moi une esclave prostituée !

 

DE LUNEVILLE : Et si je t’affranchissais ?

 

REINE : Cela me rendrait-t-il mon village, ma famille et le fier guerrier auquel je fus promise ?

 

DE LUNEVILLE (Menaçant) : Si tu n’es pas à moi, tu ne seras à aucun autre homme, Reine !

 

REINE : Je préfère mourir que d’être à vous !

 

DE LUNEVILLE : Tu me hais donc tant que cela ?

 

REINE : Plus que cela, Monsieur de Lunéville ! Je vous méprise !

 

DE LUNEVILLE (désespéré) : Mais que t’ai-je donc fait ?

 

REINE : L’ivresse vous ferait-elle perdre la mémoire ? Vous et votre race maudite, vous m’avez arrachée aux miens, j’ai été brutalisée, privée de ma liberté, exportée, vendue, humiliée, affamée et vous osez me demander sans rougir ce que vous m’avez fait ? Vous êtes un homme indigne, Monsieur de Lunéville !

 

DE LUNEVILLE  (passant, sous l’effet de l’alcool, du désespoir à la rage) : Puisque tu n’es qu’une esclave, appelle moi Maître !

 

REINE : Jamais !

 

DE LUNEVILLE (Saisi de folie éthylique) : Que j’aille en enfer, s’il le faut, mais cette nuit, tu m’appartiendras, Sorcière d’Afrique ! (Il se jette sur elle. Bruit de lutte, de tissu déchiré et de gémissements étouffés par une main brutale).

 

                                                      6,30 mn

                          ______________________________________

 

7ème scène : L’intendant raciste, Maya, l’intendant puis Frédéric et de Lunéville.

Voix off : Paris. Mai 1789

 

 

(Heurts violents à la porte de l’Hôtel de Lunéville) :

 

MAYA (Apeurée) : Qui est là ?

 

L’INTENDANT (Voix à la fois vulgaire et assurée) : Ouvrez, s’il vous plait ! 

 

MAYA : Qui êtes- vous ? Que voulez-vous ?

 

L’INTENDANT : Je dois voir Monsieur de Lunéville ! Je suis son intendant !

 

MAYA : Son intendant ?

 

L’INTENDANT (Avec humeur) : Ah ça ! Souffrez-vous de surdité ? Je suis le responsable de sa propriété de Clamart !

 

MAYA : De Clamart ? Je ne vous connais pas et Monsieur n’est pas là !

 

L’INTENDANT : Vous êtes sans doute la servante ? Ouvrez-donc, voyons ! Etes-vous dans l’intention de me laisser lanterner toute la sainte journée ? Je ne suis pas un gueux !    Je suis porteur d’un message urgent !

 

MAYA (Entr’ouvrant la porte et s’exprimant avec timidité) : Entrez, Monsieur. Que puis-je pour vous ?

 

L’INTENDANT (Interloqué à la vue de Maya) : Mais vous êtes… Bon sang ! Qui diable es-tu ?

 

MAYA (Craintive) : Je suis la gouvernante…

 

L’INTENDANT : La gouvernante de qui ?

 

MAYA : La gouvernante de Monsieur de Lunéville !

 

L’INTENDANT : La gouvernante de… Ah, j’ai compris ! Il t’a ramenée de la Colonie ?

 

MAYA : Nous arrivons de la Martinique.

 

L’INTENDANT : De la Martinique ? Tu es l’une des négresses esclaves ?

 

MAYA (Avec froideur) : C’est ce qu’on dit…

 

L’INTENDANT : Jamais vu ça ! Une personne aussi noire que toi, c’est pas Dieu possible ! Comment se fait-il que tu parles français ?

 

MAYA : J’ai appris le français à Saint Pierre !

 

L’INTENDANT : Saint Pierre ? Connais pas !

 

MAYA : Saint Pierre de la Martinique.

 

L’INTENDANT : Saint Pierre de la Martinique. C’est un village ?

 

MAYA : C’est la Capitale de l’île !

 

L’INTENDANT (Moqueur) : La Capitale ! Tiens donc… Puisque tu baragouines notre langue, tu pourras sans doute transmettre un message à ton maître…

 

MAYA : Je le transmettrais, Monsieur.

 

L’INTENDANT : Tu lui diras que, dans ses vergers et dans ses champs de Clamart, les fruits et légumes commencent à se faire rares. Quant aux volailles, on pourra bientôt les compter sur les doigts des deux mains… Nous ne tiendrons pas longtemps encore… D’autant plus que des bruits inquiétants circulent…

 

MAYA  (Bredouillant, terrifiée) : Des bruits inquiétants ?

 

L’INTENDANT : On dit que le désastre est imminent… Dans les campagnes rôdent des individus louches, munis de gourdins, de haches et de teint presqu’aussi sombre que le tien… L’Enfer semble avoir ouvert ses portes !

 

MAYA : Je ne manquerai pas de faire part à Monsieur de votre visite.

 

L’INTENDANT : Qu’as-tu à bafouiller ainsi ? On jurerait que je te fais peur !

 

MAYA (Pétrifiée) : Peur, moi ?

 

L’INTENDANT (Méprisant) : Aussi idiote que noire ! (Il sort : Bruit de bottes et de porte qui claque).

 

 MAYA (restée seule, se parle à haute voix) : Seigneur ! Je me sens glacée ! Quand me déferai-je de cette terreur qui, depuis mon enfance, me saisit à chaque fois que je me retrouve seule avec un homme blanc ? De celui-là, je ne saurai dire quel est le trait dominant : la violence ou le mépris ? Notre entretien fut bref mais j’ai eu tout loisir de ressentir douloureusement leur double poids… (Bruit de conversations, rires et cliquetis de clef. Lorsque la porte s’ouvre, bribes de chants révolutionnaires entonnés par la foule, dans la rue) :

 

                       «  La boulangère a des écus

                          Qui ne lui coûtent guère… (Bis)

                         Elle en a, je les ai vus…

                         J’ai vu la boulangère aux écus…

 

DE LUNEVILLE (Entrant avec Frédéric, il fredonne gaiement la suite de la chanson) :

                         Ah ah ah oui vraiment

                         La boulangère est bonne enfant… »

 

 (Gaiement) : Quelle est l’origine de cette amusante chanson de rue, mon bon Frédéric ?

 

FREDERIC (Idem) : C’est la Reine… Marie-Antoinette aurait fait, dit-on, une déclaration malheureuse : naïveté ou ironie, je ne sais… On lui prête, parlant du peuple qui criait sa

Faim et sa colère devant les grilles de son château, l’expression suivante : « S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche ! » C’est depuis que les harengères des faubourgs l’ont surnommée « la boulangère »…

 

DE LUNEVILLE (Riant aux éclats) : La boulangère ? Excellent ! Tu entends ça, Maya ?

 

MAYA (toujours émue) : Maître, vous avez eu une visite…

 

DE LUNEVILLE : Une visite ?

 

MAYA : Il m’a dit qu’il était votre Intendant… Votre Intendant de…Clamart, je crois ! Quel homme effrayant !

 

FREDERIC (Laissant percer un brin d’inquiétude) : J’espère qu’il ne t’a pas brutalisée, Maya ?

 

MAYA : Non pas ! C’est son regard qui m’a fait peur. J’ai déjà croisé ce regard là : C’était sur le navire négrier qui m’emportait vers la terre de Martinique…

 

DE LUNEVILLE : Voyons, Maya, ce gaillard est certes un peu frustre, mais ce n’est tout de même pas un coupe-jarret ! Que voulait-il ?

 

MAYA : Il voulait vous prévenir … Il dit que la pénurie guette ! (Désolée) : Qu’allons-nous devenir, mon Dieu ! Nous allons tous mourir de faim !

 

DE LUNEVILLE (Rassurant) : Ma bonne Maya, ne te désespère pas avant l’heure. Nous disposons encore de quelques réserves et nous sommes loin de faire partie des plus démunis ! Sais-tu qu’il se passe à Paris, en ce moment, des événements  beaucoup plus extraordinaires ! L’Assemblée Nationale est sans dessus dessous et manifeste sa défiance tandis que le Roi…

 

FREDERIC (L’interrompant) …Le Roi s’obstine, poussé par l’Autrichienne…

 

DE LUNEVILLE (Mécontent) : L’Autrichienne ? Voilà un surnom infiniment moins débonnaire que le premier, mon garçon et qui fleure l’irrespect… Partagerais-tu l’acrimonie des petites gens de Paris ?

 

FREDERIC : Cela n’aurait  rien d’étonnant ! Si je ne fais pas partie des parisiens, je fais certes partie des petites gens et ne saurai rester insensible à leurs inquiétudes… Ce sont les miennes !

 

DE LUNEVILLE : Je ne sais trop comment me situer, en cette étrange période… Lorsque le peuple  et les Cercles s’agitent, on peut tout craindre…

 

FREDERIC : Ou tout espérer !

 

                                                             6,30

 

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8ème Scène : La nuit des Lucioles.

 

Maya, Frédéric, De Lunéville

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VOIX OFF : Paris. Hôtel de ville de Lunéville. 17 Juin 1789.

 

FREDERIC (Appelant) : Maya !

 

MAYA : Je suis là !

 

FREDERIC : Maya, qu’as-tu fait des cocardes tricolores que j’ai rapportées hier soir des Tuileries ?

 

MAYA : J’ai fait ce que tu m’as demandé, mon petit : j’ai cousu l’une d’elle sur ton chapeau…

 

FREDERIC (Gaiement) : Merci, douce Maya ! Ce soir plus que jamais, il faudra arborer fièrement les couleurs de la Révolution ! L’Assemblée, qui semble tout autant craindre le bas-peuple que le pouvoir royal a décidé d’illuminer les moindres recoins de la Capitale, sans doute pour que coupe-jarrets, traînes savates, Sans - culottes, abolitionnistes et jacobins de tous poils puissent s’afficher à la pleine lumière… La lumière ! Enfin de la lumière ! Cette nuit, à Paris, tous les chats ne seront pas gris!

 

MAYA :… Et j’ai cousu l’autre cocarde sur le chapeau de Monsieur de Lunéville…

 

FREDERIC (Contrarié) : Mais je ne t’ai jamais demandé cela !

 

MAYA : J’ai du mal comprendre… Excuse-moi… Je m’en vais l ‘ôter à l’instant !

 

DE LUNEVILLE : Laisse donc cette cocarde où elle est, Maya !

 

FREDERIC : Vous n’y pensez pas, Monsieur ! Si certains de vos vieux amis vous rencontrent…

 

DE LUNEVILLE : Je ne crois pas que, par les jours qui courent, mes anciens amis hantent comme moi, les rues parisiennes…

 

FREDERIC (Ironique) : Monsieur Bernardin de Saint Pierre est sans aucun doute, pour les démunis, un excellent avocat  et il est vrai que certains  de vos nouveaux amis sont désormais anti-esclavagistes !

 

DE LUNEVILLE : Tu sais très bien que nous autres, nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne. La chambre d’Agriculture a soigneusement sélectionné, pour constituer  son élite, ses membres les plus ultras ! Ceux qui se plaignent de l’abondance des nègres…

 

FREDERIC (Aigrement) : Ce sont bien, il me semble,  à ces mêmes nègres q’ils ont offert le voyage jusqu’à la Martinique

 

DE LUNEVILLE : Abandonne ce ton persifleur, Frédéric. Ce n’est bien entendu pas du nombre de coupeurs de cannes à sucre qu’ils se plaignent, mais de ceux qu’ils nomment les «nègres à la journée » !

 

 

FREDERIC : Je ne connaissais jusqu’ici que les « nègres à talent ». Qu’est-ce que c’est que ces nouveaux nègres-là ?

 

DE LUNEVILLE : Les nègres à talent, tu le sais parfaitement, sont pourvus de métiers. Ils travaillent à l’habitation ou sont loués à l’extérieur. Tandis que les nègres à la journée sont des colporteurs qui se déplacent dans les campagnes avec un billet d’autorisation de leur maître. Le petit salaire qu’ils touchent et leur vie plus libre donne un esprit frondeur qui inquiète aussi bien les autorités que les « habitants ». On leur reproche de donner le mauvais exemple et de prôner le marronnage des coupeurs de canne.

 

FREDERIC (Avec amertume) : Etrange île que celle où une poignée d’esclaves vagabonds fait trembler l’oligarchie !

 

DE LUNEVILLE : Oublie ton île Frédéric et revenons à Paris… Quel dommage, mon cher, que nous n’ayons pu assister à la séance d’ouverture des Etats Généraux ! Monsieur de Necker n’y a pas été de main morte. Ecoute ce que je lis dans « les Annales des Assemblées ». (Il feuillette un journal) : C’est Necker qui parle :

« Un jour viendra peut-être, Messieurs où jetterez un regard de compassion sur ce malheureux peuple dont on a fait tranquillement un barbare objet de trafic ; sur ces hommes semblables à nous par la pensée et surtout par la triste faculté de souffrir ;  sur ces hommes que, sans pitié pour leurs douloureuses plaintes, nous entassons au fond d’un vaisseau pour aller ensuite à pleines voiles les présenter aux chaînes qui les attendent… malheur et honte à la Nation française ! »… Eh bien, que dis-tu de cela, Frédéric ? On dirait bien que tous les hommes blancs ne sont pas des bourreaux !

 

FREDERIC : Je vous l’accorde bien volontiers, Monsieur. Mais puisque vous me demandez mon avis, je vous avoue que nous autres, esclaves, avons moins besoin de compassion que de justice…

 

DE LUNEVILLE  (avec humeur) : Ce que tu peux être grincheux, mon cher ! Même Necker n’a pas grâce à tes yeux !

 

FREDERIC : Détrompez-vous, je respecte fort Monsieur de Necker, qui me semble être homme de bien, mais je reste persuadé que le sort de ceux qu’on priva de liberté dépend plus des armes que des larmes…

 

DE LUNEVILLE : Tu souhaites donc la vengeance, même si elle entraîne un fleuve de sang ?

 

FREDERIC : Je n’ai eu à faire choix ni des larmes ni des armes. On m’a imposé les premières et on m’a interdit les secondes ! Je puis cependant m’enorgueillir de n’avoir jamais ni humilié  ni frappé personne…

 

DE LUNEVILLE (appelant) : Maya !

 

MAYA (entrant, essoufflée) : Me voici, Monsieur !

 

DE LUNEVILLE : Maya, ai-je jamais levé la main sur ton protégé Frédéric, ici présent ?

 

MAYA : Jamais, Maître.

 

DE LUNEVILLE : Ai-je jamais levé la main sur toi, Maya ?

 

MAYA : Certes non, Maître ! Pourquoi me demander cela ?

 

DE LUNEVILLE : Parce que Frédéric s’obstine à me placer dans le camp des brutes !

 

MAYA (Ton de reproche) : Frédéric !

 

FREDERIC (Glacial) : Ma mère, elle, savait dans quel camp ranger Monsieur de Lunéville !

 

DE LUNEVILLE (Furieux) : Jeune impertinent ! Prends garde ! tu abuses de ma mansuétude et si je ne me retenais…

 

FREDERIC  (Toujours glacial) : Que feriez-vous donc, Monsieur de Lunéville, si vous ne vous reteniez point ?

 

DE LUNEVILLE : J’ai tout essayé pour ne rapprocher de toi, mon garçon. J’ai ouvert mon esprit à de nouvelles idées… j’ai renié les préjugés de ma classe. J’ai abandonné ma famille et le charme de ma vie à l’habitation. Et voilà que moi, Arnaud de Lunéville, fils d’Eulme et de Blanche de Lunéville, grands békés de la Martinique, je foule à pied les ruelles de Paris, cocarde au chapeau en criant « A bas l’Autrichienne ! » Que te faut-il encore ? Que je me traîne à tes pieds ?

 

FREDERIC : Je n’en demande pas tant, Monsieur de Lunéville.

 

 DE LUNEVILLE : Ne sois pas si froid, mon garçon ! Tu sais bien que je ne peux  pas redonner vie à ta mère, bien que ce soit l’un de mes plus ardents regrets !

 

FREDERIC (Menaçant) : Ne parlez pas de ma mère, Monsieur de Lunéville !

 

DE LUNEVILLE : Te viendrais-t-il à l’idée de lever la main sur moi ?

 

FREDERIC (Ironique) : Moi ? Lever la main sur mon maître, Vous n’y pensez pas ?

 

DE LUNEVILLE : Je ne supporte plus ton éternelle acrimonie. Que te faut-il, nom de Dieu ?

 

MAYA (Suppliante) : Maître, il ne faut pas jurer !

 

DE LUNEVILLE : Ce bougre-là ferait damner un saint ! (A Frédéric) : Frédéric, que te faut-il pour cesser de me torturer ?

 

FREDERIC : Ce qu’il me faut ? Ce qu’il me faut, Maître !  Il me faut la fin de l’esclavage ! Vous entendez : l’abolition de l’esclavage ! Ma réponse vous suffit-elle ?

 

MAYA  (Avec douceur) : Voyons, mon petit, tu vois bien que nous ne sommes plus, désormais,  traités en esclaves !

 

FREDERIC : C’est pourtant ce que nous sommes, Maya. Des esclaves ! Des esclaves et rien d’autre ! (A de Lunéville) : Aujourd’hui, vous n’êtes plus un béké fouetteur mais voue l’avez été, comme votre père et comme votre grand-père !

 

DE LUNEVILLE : Devrais-je porter toute ma vie le poids du passé ?

 

FREDERIC : Je le porte bien, moi ! Puisque vous faites référence à l’histoire, permettez-moi de vous faire lecture d’un texte historique et pourtant encore récent : Il date d’un peu moins de cent ans et est signé de la main de Louis XIV, Roi des français…

Ecoutez : C’est un passage du Code Noir… (A Maya qui tente de s’esquiver) : reste-là, Maya, cela nous concerne tous ! (Il lit calmement) :

 

     « Liste des châtiments  et des objets de coercition les plus courants :

-          Les quatre piquets : l’esclave est attaché, nu, à des piquets pour recevoir le fouet.

-          La brimballe : l’esclave est suspendu par les mains.

-          La rigoise : cravache en nerf de bœufs remplaçant le fouet ou le chat à neuf queues.

-          Les ceps : fers aux pieds et aux mains.

-          La barre : poutre placée à l’extrémité basse du lit et percée de trous où l’on enferme une ou deux jambes de l’esclave.

-          Le collier de fer : surmonté parfois d’une croix de Saint André, il est muni de deux bras élevés qui empêchent la fuite de l’esclave dans les bois.

-          Le tap en bouche : grillage placé devant la bouche de l’esclave pour l’empêcher  de mâcher la canne à sucre.

-          La carcan : collier de bois enserrant le cou et le poignet de l’esclave.

-          Le baillon : chiffon enduit de piment enfoncé dans la bouche de l’esclave.

-          La fourmilière : l’esclave nu est frotté de sucre et lié à un pieu proche d’une fourmilière.

-          Les lattes de fer : la plante des pieds de l’esclave qui a fui est brûlée au fer rouge.

-          Le canon : remplir de poudre l’anus de l’esclave et l’allumer… »

Dois-je continuer ?

 

DE LUNEVILLE : Regarde ton œuvre, Frédéric ! Maya est en larmes !

 

FREDERIC : Sèche tes pleurs, Maya ! (A de Lunéville) : Vous vous demandiez tout à l’heure ce que je voulais, Monsieur de Lunéville ? Je veux oublier cette liste infamante !

 

 

(Bruit de 2 portes qui claquent. Maya resté seule, monologue) :

 

MAYA : Ce soir-là, je passais la soirée toute seule. Monsieur De Lunéville ne quitta pas sa chambre. Il s’enferma avec une bouteille de rhum et refusa de souper. Quant à Frédéric, il sortit de bonne heure sans mot dire, le visage impassible et la cocarde au chapeau.

La nuit tombée, je me mis à la fenêtre et, contemplant la ville  à mes pieds, je vis avec stupéfaction mille lucioles s’allumer peu à peu à chaque fenêtre.  Tout d’abord, je me sentis brusquement projetée dans le passé, lorsque, adolescente, je contemplais la gigantesque montagne, du seuil de ma pauvre case, après le coucher du soleil. (Son faible puis devenant intense des bêtes nocturnes antillaises). Le clignotement des bêtes à feu illuminait les savanes pentues d’une myriade de lueurs frissonnantes  tandis que montait le son des insectes nocturnes… (Brusque silence) . C’est alors que je revins sur terre. Nous n’étions pas sur les flancs de la montagne Pelée, l’année de mes seize ans. Nous étions à l’hôtel De Lunéville, à Paris, le 10 juillet 1789 et les soi-disant lucioles n’étaient autres que les flambeaux et les lampes reflétés par la Seine qui, en contrebas, poursuivait son immuable route de fleuve…

 

                                                           6,30

                                          ____________________________

 

9èm scène : 14 juillet 1789.

 

VOIX OFF : Récit de Maya et de Frédéric

 

 

MAYA : Depuis cette scène dramatique, les deux hommes s’évitèrent autant que possible, sortant séparément et je me désolais, ayant pu un instant espérer une improbable réconciliation… A l’aube de ce matin là, cependant, ils partirent ensemble, sans se concerter et une sourde rumeur envahissait déjà la ville lorsque je les vis disparaître, côte à côte et silencieux, remontant la rue qui longe la Seine, en direction du pont tout proche. J e crus distinguer, dans le lointain, les cris de  « A l’Arsenal !  A la Bastille ! »

 

(Rumeurs urbaines. Bruit de manifestation. Bribes de chants révolutionnaires. Cris lointains : « A la lanterne ! A la Bastille ! »

 

 Je me souvins alors que Frédéric m’avait déjà parlé de la Bastille, cette vieille prison qui n’était plus guère utilisée mais qui demeurait, pour le peuple de Paris qui la haïssait, le symbole de l’arbitraire du pouvoir royal. En ce 14 juillet 1789, mes pensées  - je ne sais trop pourquoi -  revenaient toujours à l’Afrique, ma terre d’origine, à la verdoyante Guinée et à mon véritable Roi, le dernier Grand Almâmy du Fouta Djalon… Quant à ce qui devait se passer à Paris, étant restée toute la journée seule et torturée par l’inquiétude à l’Hôtel de Lunéville,  je ne l’appris que  tard dans la soirée, de la bouche même de mon Frédéric …

 

FREDERIC : Un soleil brûlant fit son apparition au moment même où la Garde Nationale reçut l’ordre de marcher sur l’Hôtel  des Invalides. A l’étonnement général, la garnison ne tira pas un seul coup de feu lorsque les émeutiers, pour la plupart sommairement armés de pelles, de pioches et de fourches, prirent d’assaut l’Arsenal, enfoncèrent le portail et se répandirent dans les couloirs du bâtiment. Un immense hurlement s’exhala de toutes les poitrines lorsque le magasin d’armes fut enfin découvert, investi et pillé. Des milliers de mains s’emparèrent des fusils et des baïonnettes. Il  n’y eut pas d’ordre, car il n’y avait pas de chef, mais ce furent des milliers de voix qui reprirent ensemble, transformant en une énorme clameur le murmure qu’on entendait rôder depuis le matin dans tout le faubourg : A la Bastille ! A la Bastille ! A la Bastille ! Alors, la foule des Sans-Culottes  se mit en marche comme un  seul homme…            

 

MAYA : Au milieu de la foule grondante, serrés l’un contre l’autre, Frédéric et notre maître avançaient eux aussi vers la sinistre forteresse, cernés par les tirs nourris des fusils des contre émeutiers…

 

(Rétrospective : Salves diverses : canonnades et fusillades. Bruits de pas rapides d’une foule compacte. Cris menaçants : « A la Bastille ! » « Mort aux tyrans ! »)

 

DE LUNEVILLE (Voix essoufflée) : Frédéric, je crois bien qu’il nous faut rentrer !

 

FREDERIC : C’est à vous de rentrer, Monsieur ! Votre place n’est pas là !

 

MAYA : Ils se turent et continuèrent à marcher côte à côte... Une brusque déflagration explosa au sein du groupe compact dont ils faisaient partie… Des corps inanimés d’hommes et de femmes jonchèrent le sol. Monsieur de Lunéville fut atteint au flanc droit. La douleur ne tarda pas à le submerger tandis que ses jambes se dérobaient sous lui… Mon garçon, pétrifié, reçut dans ses bras mon maître chancelant…

 

 (Rétrospective : Cris de douleurs des blessés et râles des mourants. Salves sporadiques)

 

DE LUNEVILLE (Voix faible) : Frédéric, écoute-moi bien, car je sens que mes forces m’abandonnent… Tu dois savoir que j’ai signé hier votre lettre d’affranchissement, à Maya et à toi-même. De toute façon, les peuples et l’histoire ont fait leur choix : l’esclavage sera bientôt aboli, en France comme dans les îles et tu es désormais libre de vivre selon ton bon plaisir… J’ai remis à Maya les clefs d’une cassette qui contient de quoi assurer votre avenir à tous eux…

 

MAYA : Il me fut rapporté que la voix et le regard sombre de Frédéric ne laissèrent percer la moindre émotion.

 

(Rétrospective : retour à l’ambiance  sonore de manifestation de rue).

 

FREDERIC : Est-ce la proximité de la mort qui vous pousse à me révéler ceci, Monsieur ?

 

MAYA : La froideur de la question fit naître une profonde tristesse sur le visage livide du blessé. Les yeux fixés sur le jeune homme, Monsieur de Lunéville exhala, en un souffle, ces ultimes paroles…

 

(Rétrospective : retour à l’ambiance  sonore de manifestation de rue).

 

DE LUNEVILLE : Je te demande pardon, mon fils… A toi et aux tiens… Pardon pour moi et pour tous les miens…

 

MAYA : Frédéric, brusquement emporté par une violente poussée de la houle humaine qui s’avançait inexorablement, n’eût ni le temps de retenir notre maître, ni même celui de le voir s ‘effondrer, mortellement atteint… Les émeutiers se déployèrent comme un vol d’ibis rouges affamés au dessus de l’embouchure du grand Fleuve…

 

FREDERIC (Rétrospective) : Une heure après l’attaque du pont-levis, soldats et assaillants étaient également couverts de sang, car, désormais, le peuple n’était plus seulement désespéré : il était armé ! Depuis les tours, canons et fusils mitraillaient au hasard et la foule reculait en grondant, laissant derrière elle des cadavres piétinés que nul ne ramassait car on emportait plus que les blessés à l’abri des maisons. L’odeur de la poudre devint suffocante. La multitude déferla sur les quais du Pont Neuf et on pu assister à une scène inouïe : la Garde Nationale, hagarde, fit volte-face et braqua ses fusils contre les défenseurs. Chacun attendait avec angoisse l’explosion de la salve meurtrière lorsque, sans qu’on ait pu s’y attendre, un énorme cri déferla sur le moutonnement de la foule : « La Bastille s’est rendue ! » « La Bastille est prise ! » « La Bastille est tombée ! ». Le Gouverneur, honteux de sa défaite, tenta de se donner la mort mais n’en eût pas le temps. Des centaines de bras se saisirent de sa personne pour l’emmener à l’Hôtel de Ville et il fut fait prisonnier au milieu des vociférations, mais seule sa tête sanglante parvint au terme du périple, après avoir longtemps parcouru les rues fiévreuses de la Capitale, plantée au bout d’une pique !

 

Le soleil se couchait tandis que la Bastille se transformait peu à peu en un amas de ruines… Au loin, se  mêlant aux dernières et sporadiques fusillades, on pouvait entendre les premières mesures d’un chant révolutionnaire. Le peuple de Paris dansait sur ses pavés reconquis :

 

                      Dansons la Carmagnole

                      VIve le son, vive le son

                      Dansons la Carmagnole

                      Vive le son du Canon…

 

 

MAYA : La nuit était tombée lorsque Frédéric, las, sale et meurtri, frappa, titubant, à notre huis. J’entrevis son visage et ses mains maculées de sang. Mon cœur se mit à battre la chamade mais, en lui ouvrant la porte, je n’osai point lui poser la question qui me brûlait les lèvres. Sans mot dire, il se dirigea, telle une statue de pierre, vers sa chambre à coucher. Il semblait si épuisé que je ne pus que l’aider à se mettre au lit. Adossé aux oreillers, il poussa un soupir déchirant et me tendit la main, luttant contre le sommeil qui tentait de l’emporter.

 

FREDERIC : Maya, ne me quitte pas et berce moi, comme lorsque j’étais enfant. Tu dois savoir que moi, Frédéric, esclave de la Martinique, j’ai couru le Vidé de la Révolution ! Je m’appartiens désormais… et je me donne le nom de Frédéric Bastille ! Et toi aussi, Maya, chère, tu t’appartiens car l’homme ne saurait appartenir à l’homme… Dès que j’aurai terminé mes études, nous rentrerons tous deux en Martinique. Je serai l’avocat des démunis et nous serons libres. Tu entends, Maya ? Libres !

 

MAYA : Il souriait, au travers des larmes qui coulaient sans retenue sur son beau visage et je lui souriais en retour. Je ne pus, cependant, m’empêcher de le soumettre à la fatidique question : « Frédéric, mon petit, qu’est-il donc arrivé à ton père » ? Il me répondit avec, dans la voix,  une étrange et nouvelle  douceur…

 

 FREDERIC : Monsieur de Lunéville est mort pour sa patrie…

 

                                                      6,30mn             

 

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Scène 10 et dernière. Retour à l’Hôpital de St Pierre en mai 1902.

Elise et Sœur Luc. Les jeunes malades carnavalières (cf 1ère scène)

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VOIX OFF : Nous sommes de retour, le 6 mai 1902, à St Pierre de la Martinique, à

 l’ hôpital de la Charité ou les malades luttent contre la vérette.

 

(On entend au loin les chants des jeunes malades qui entonnent des refrains lestes) :   

         

          La mè a dada

          Ka dansé kalenda

          La fi anlèya

          Ka dansé la samba…

 

SŒUR LUC (Essuyant ses larmes) : Quel touchant récit, ma bonne Elise… et quelle morale édifiante ! Je vous promets de prier de tout mon cœur, ce soir, pour le repos de l’âme de votre chère Maya, de Frédéric Bastille et de ses descendants…

 

ELISE (Voix lasse) : Je crois qu’il n’est guère bon pour les personnes d’âge de tant remuer le passé… Cela donne envie de dépasser le présent et d’entrer dans le futur de l’éternité… Maya et ma pauvre mère me manquent tant…

 

SŒUR LUC : Il ne faut pas songer à cela, mon amie… mais je vois que vous êtes lasse… Vos yeux se ferment… Je vais aller faire taire ces braillards qui vous dérangent ! Ils sont sans doute encore ivres ! (Elle entrouvre la porte et sermonne les fêtards) : Allez vous enfin vous calmer ? Une vieille dame tente ici en vain de trouver quelque repos !  (Le silence se fait) : Eh bien, mon amie, peut-être ne sont-ils pas tout à fait insensibles à la honte ? Nous avons droit à une trêve ! Essayez donc de dormir…

 

ELISE (Faiblement) : Je vais dormir, Sœur Luc. Je sens que je vais dormir…

 

SŒUR LUC : Reposez-vous, Elise… Moi, je vais rester là, à vos côtés et je vais invoquer la Vierge Marie pour qu’elle daigne abaisser son regard sur nous autres, pêcheurs…

Tiens… Qu’est-ce que c’est que ça ? Un papier qui traîne par terre ? (Bruit de papier ramassé). Ces femmes de service sont décidément sans vergogne ! Notre Mère supérieure est pourtant intransigeante sur le plan de la propreté de son hôpital !  Voyons… Où ai-je mis mes lorgnons ? Une lettre ? Sans doute une visiteuse l’aura-t-elle égarée… mais laquelle ? Dieu m’est témoin que l’indiscrétion n’est pas mon pêché mignon, mais il faudra sans doute rapporter cette missive à son propriétaire… Ecoutez donc, ma bonne Elise : (Elle lit avec application) :

 

Saint Pierre de la Martinique, le 3 mai 1902.

Mon cher Frère,

Je n’ai que le temps de t’écrire quelques mots afin de te rendre compte de l’événement qui met en émoi toute la Martinique. Depuis une semaine, la Montagne Pelée fume. Déjà, le Prêcheur est couvert de cendres. Nous avons aussi ressenti plusieurs secousses de tremblement de terre. Ce matin, en se réveillant, on a trouvé Saint Pierre toute grise et blanche, les toits étant recouverts de cendre. Toutes les communes avoisinantes sont dans le même état. Partout comme ici, la cendre tombe comme un brouillard et on a du mal à se distinguer à une certaine distance… On respire difficilement, tant cette poussière

 

 alourdit l’air ! Cette nuit, nous avons entendu plusieurs détonations et nous avons aperçu des éclairs qui faisaient penser à la chute de la foudre, lors d’un gros orage… Depuis ce matin, cette pluie de cendre a redoublé : on en boit, on en mange, on en respire, on en avale… Il y en a partout… Nous devions passer quelques jours au Morne Rouge, mais il paraît que la couche de cendre y est si épaisse qu’on ne distingue plus, dans les arbres,  les fleurs des feuilles.

Je ne pourrai guère te dire plus que cela, mais on n’est pas sans crainte, ici. Les magasins et les écoles sont restés fermés et les Propriétaires du Prêcheur ne peuvent pas rester dans cette commune. On dit même que le Gouverneur va mettre la Caserne à leur disposition… Espérons que cela finira bientôt et que nous serons préservés de tout danger… On a un peu oublié les élections qui sont chaudes ici. Au premier tour, dans le Nord, Clerc a eu 4.480 voix, Percin 4000 voix et Lagrosilière 700. Dans le Sud, Clément a obtenu 4.330 voix et Duquesnay 4000. On attend le 11 pour le résultat définitif… Lagrosilière, socialiste, s’est désisté en faveur de Percin, radical - socialiste…

 Il est nécessaire que les deux cratères s’éteignent, le cratère volcanique aussi bien que le cratère politique. Nous t’embrassons et espérons avoir de meilleures nouvelles à te donner le 10. Mon futur époux se rappelle à ton bon souvenir.

 Ta sœur, Délice.

 

(Bref silence de Sœur Luc, pendant lequel elle replie la lettre).

 

Mademoiselle Delmont se prénomme Délice et est passée tantôt visiter ses bonnes œuvres. C’est une jeune fille de fort bonne éducation, bien qu’un peu rêveuse… (Ton indulgent) : Ca n’a pas vingt ans… Elle a du, par mégarde, laissé choir son courrier… Nous allons bien vite réparer cela… Le jardinier est sur le point de partir au bourg… (Dans le quartier des malades, les chants licencieux reprennent de plus belle et Sœur Luc vitupère) : Seigneur ! Ces gens-là ont le diable au corps ! (Sourd grondement venu des entrailles de la terre. Brusque silence des jeunes malades) : Mon Dieu ! La terre tremble ! (Remue ménage. Des objets se fracassent bruyamment sur le sol. Sœur Luc, furieuse, s’adressant aux  malades brusquement silencieux ) : Honte sur vous et sur vos chants licencieux ! Nous sommes entrés en Carême ! Repentez-vous, malheureux !  Dieu vous fait sans doute connaître sa colère ! (A Elise) : Ma bonne Elise,  n’ayez crainte ! Ce n’est que le Volcan ! Je suis toujours là, auprès de vous ! Nous allons prier ensemble… Donnez-moi  votre main … Mon Dieu, elle est toute froide ! Ouvrez les yeux, Elise, ouvrez les yeux ! Ne mourrez pas ! (Elle crie) : Madame Elise ! (Elle éclate en sanglots. La terre gronde. Une cloche égrène un son lugubre).

 

                                                                     

 

                                                                     6,30

 

                               ___________________FIN______________________

 

Générique succession des scènes

Première le 8 mai 2002

Dernière scène le 21 mai 2002

 

Ouverture de la scène 2

 A Saint Pierre de la Martinique en 1902, juste avant l’éruption volcanique de sinistre mémoire, une vieille dame, Elise , se meurt doucement de la vérette  à l’hôpital de la Charité . Elle entreprend de conter à une religieuse, Sœur Luc la lointaine histoire de l’ancêtre de son protecteur, Frédéric Baste et de sa vieille nourrice africaine, Maya .

Revenons en janvier 1789 à « La Montagne » habitation  du puissant Béké, Arnaud de Lunéville .

Le Propriétaire vient de convoquer dans son bureau  le jeune mulâtre Frédéric 18 ans

premier du nom et sa Da,Maya approche la quarantaine  

 

Ouverture scène 3

Le jeune  esclave  mulâtre,  Frédéric  et sa Da Maya ont été emmenés  à Paris par  leur maître Arnaud de Lunéville .

En découvrant le nouveau monde , ils se retournent sur leur passé !

 

Ouverture scène 4

Frédéric jeune  esclave  mulâtre, de Saint Pierre et Maya sa Da  africaine   ont été emmenés  à Paris  en 1789 selon le bon plaisir  leur maître, le béké , Arnaud de Lunéville

Frédéric souhaite découvrir  la véritable origine de sa naissance   .

 

Ouverture scène 5

Paris, mai 1789, Hôtel de Lunéville

Le riche béké Arnaud de Lunéville vient d’offrir un souper à ses invités :La Marquise de M. riche veuve royaliste , son  ami d’enfance Hugues de Chardonnay planteur de la Martinique , de passage à Paris et un jeune écrivain, abolitionniste notoire Bernardin de Saint Pierre …

 

Ouverture scène 6

Paris, mai 1789, Hôtel de Lunéville

Tête à tête entre le Béké Arnaud de Lunéville et le jeune mulâtre esclave  Frédéric

C’est l’heure où la discussion tourne au règlement de compte …

 

Ouverture scène 7

Paris , juin 1789, Hôtel de Lunéville

Maya, la Da africaine venue de Martinique avec son maître  restée seule dans l’hôtel parisien du béké, est confrontée à l’une de ses grandes terreur d’enfance 

 

Ouverture scène 8

Paris, 17 juin1789, Hôtel de Lunéville

Si pour Frédéric mulâtre esclave et pour son maître béké, Arnaud de Lunéville cette date correspond l’illumination de la ville de Paris  décidée par l’Assemblée Constituante, il s’agit pour Maya, plongée dans sa nostalgie de la nuit des lucioles…

 

Ouverture scène 9

Paris, 14juillet 1789,

Côte à côte mais séparé par le mur de leurs  rancoeurs  réciproques, le mulâtre Frédéric et son maître béké marchent vers la Bastille

 

Ouverture scène 10

Retour à la Martinique , Hôpital de la Charité à Saint Pierre

Elise vient de terminer son récit évoquant l’origine de sa famille d’emprunt

A Sœur Luc …

 


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