La seine (Trois ans à la Martinique)

Texte de Louis Garaud datant de 1895

"A Case-Pilote, chaque pêcheur a sa pirogue, la plupart ont des nasses ; c'est la part du pauvre. La seine est le lot du riche. Mais, le croirait-on ? Tout le monde vit du produit de la seine. Les plus malheureux trouvent là, chaque matin, de quoi vivre. Cette fraternité n'a rien de banal, je vous assure.
Vers six heures du matin, au grand jour, sous l'ombre portée des mornes qui nous dominent, quand les rayons du soleil levant glisse obliquement fort au-dessus de nos têtes, tout le village est réuni sur le bord de mer. les femmes sont munies d'une espèce d'écuelle formée d'une moitié de calebasse

tireurCependant les hommes, attelés à la même corde, tirent péniblement vers le rivage la seine dont le développement atteint trois cents mètres de long sur cinq mètres de profondeur.approcheLentement le demi-cercle qu'elle forme diminue et ramène le poisson qu'elle enserre. A mesure que l'espace retrécit, le poisson inquiet apparaît par intervalles à la surface de l'eau avec des éclairs de ses écailles luisantes. Les pirogues suivent les flotteurs de la seine et se rapprochent avec eux. Peu à peu le poisson ramassé et accumulé frétille et bouillonne. Une crépitation d'eau qui bout ardemment grandit et s'accentue. Cependant la mer reste limpide sous cette agitation tumultueuse. Et à travers la transparence verte de l'onde on distingue des poissons de toute forme et de toute grosseur, seine_pleine grouillant avec bruit, affolés, s'élançant hors de l'eau et venant bondir éperdus sur le sable du rivage.
femmes1


Alors on est témoin du spectacle le plus amusant du monde. Les femmes, leurs jupes relevées,
femmes2 s'élancent dans la mer, au milieu des poissons, les saisissent au hasard à pleines mains, et en remplissent avidement leurs calebasses. C'est une étrange mêlée. Ce sont des cris de joie, des surprises, des appels. Les poissons se débattent sous l'attaque soudaine de toutes ses mains ardentes à saisir. Enfin le prpriétaire de la seine, debout dans sa pirogue, donne un signal et tous ces pillards s'enfuient comme une nuée d'oiseaux et s'éparpillent dans les cases emportant la part du pauvre."

- fermer -