"Je me suis réfugié dans l'isolement de Case-Pilote, il y a quelques jours, pour me retremper dans cette robustesse de la végétation, au contact de ces hommes aux bras nerveux,
maniant l'aviron, la rame ou la voile avec une égale hardiesse. Assis auprès d'eux j'écoutais le récit de leur âpre lutte contre la mer, généreuse parfois, avare souvent, capricieuse toujours. Que de choses j'ai apprises dont je ne me doutais point ! J'avais des étonnements qui amusaient fort ces braves gens, quand ils me décrivaient leurs ruses pour endormir la défiance des poissons.
- Mais ils sont aussi rusés que nous ! ajoutaient-ils en soupirant. Si l'un d'eux, en furetant, découvre une maille rompue dans la seine qui l'emprisonne, et si le trou est suffisant pour lui livrer passage, tous les autres prisonniers se précipitent à sa suite avec une inégalable rapidité. Des lits entiers de bonites disparaissent avec une vitesse d'éclair, en moins d'une seconde, par une issue presque invisible. Et ce rusé poisson est aussi nomade que la mer est changeante."