Merveilleuse construction de pirogues (Trois ans à la Martinique)

Texte de Louis Garaud datant de 1895

"Tout en devisant, il me conduisit au chantier des pirogues. gommier_bois gommier_eq
Cà et là gisaient en plein air des troncs de gommiers, déjà équarris et creusés dans leur longueur comme des auges. Ce travail préparatoire est exécuté dans le haut des pitons, sur place, aussitôt que l'arbre est abattu et avant de le faire glisser jusqu'au bas des mornes. Au village, on l'établit sur deux billots, de façon que les extrêmités portent sur ces points d'appui et que le corps même reste suspendu librement. On serre l'avant et l'arrière dans une sorte de frette pour les empêcher de se fendre, et on remplit le ventre avec du sable mouillé. Alors on voit, sous l'action du sable humide, le tronc fléchir lentement, se courber, s'ouvrir et s'évaser. Tout l'art de l'ouvrier se résume à déplacer le poids du sable pour corriger l'évasement de l'embarcation ou pour modifier la courbure.
Un seul homme suffit à ce travail. Aussitôt que le sable a fait son oueuvre, on vide le gommier et on arrête, par un revêtement intérieur, la forme définitive de la pirogue. Après le dernier coup de rabot, quand elle est mise en mer, pirogue toute brillante de peinture, on a peine à croire que cette jolie embarcation, si gracieuse et si élancée, puisse être obtenue, sans effort, par la seule action du sable humide et le rugueux coup de main d'un pêcheur de la côte."

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