COMMENT LES ESCLAVES ? (I)
Comment les trouvait-on ?
"A la tête d'une petite expédition, vingt hommes et une dizaine de nègres porteurs ou guides, il remonte au chaland le cours inférieur de l'Ogové. Son but est d'effectuer une razzia sur l'un des villages pahouins qui longent la rive gauche du Congo, où l'on est sûr de trouver de superbes pièces d'inde."
D'Jhébo, Le léviathan Noir, p49,
César Pulvar
"La mort faucha largement sur la place du village, puis les êtres assemblèrent le reste en une sorte de longue corde à noeuds, et, du pas tranquille de leurs chevaux de selle, ils guidèrent la file humaine au long des sentiers de servitude, faisant de temps à autre, négligemment, voltiger une tête lasse au-dessus de son carcan de bois. Ainsi en alla-t-il pour ceux qui n'étaient pas malades, qui n'étaient ni trop vieux, ni trop jeunes, et consentirent aux fers et à la pose du carcan, ainsi.."
La mulâtresse Solitude, pp34-35, André Schwarz-Bart
"Toutefois, sans prétendre atténuer le moins du monde l'opprobe légitime qui doit s'attacher aux trafiquants de bois d'ébène, il est sans doute juste de considérer que les plus cruels d'entre eux furent les chefs et les roitelets nègres qui chassaient et maîtrisaient leurs congénères dans la brousse du continent noir pour venir les vendre ensuite surle rivage aux navires négriers."
Figures d'esclaves, p15 de TITITINE GROSBONDA, Récits guadeloupéens (Gilbert de Chambertrand)
Comment les achetait-on ?
"La traite des nègres est essentiellement un commerce de troc. Mêmes les bouges ou cauris que les indigènes utilisaient entre eux pour monnaies au début de leurs transactions avec les européens tiennent un rôle de plus en plus accessoire et finissent par disparaître"
L'ére des Négriers (1714-1774) d'après des documents inédits, p81, Gaston Martin
Comment les stockait-on ?
"C'est dans des truncks, qui sont des salles de putréfaction où, crainte de les voir s'enfuir, on les tient enfermés nuit et jour ; qu'ils sont obligés de confondre tous leurs excréments, c'est là qu'on éprouve ces odeurs infectes qui font évanouir les européens qui y entrent seulement un quart d'heure et qu'on fait subir aux malheureux qu'on y retient jusques à leur départ un supplice continuel qui épuise en peu de jours leur santé et leur vigueur."
Le More-Lack (1789), p 34, Lecointe-Marsillac
Comment les arrachait-on à leur terres africaines ?
Par cette porte !
Comment étaient-ils transportés ?
"Tous les matins, une demi-heure après le lever du soleil, on fait monter les esclaves
quatre par quatre sur le pont, et on surveille leur toilette ; ils sont tenus de se laver la figure
et les mains dans des baquets remplis d'eau de mer et de se rincer ensuite la bouche avec du vinaigre,
pour prévenir le scorbut. Cette opération terminée, on visite leurs
fers, et on les envoie se ranger
aux places qui leur sont désignées d'avance et qu'ils doivent conserver pendant toute la journée."
Journal de la Traite des Noirs, présenté et commenté par
Jehan Mousnier
, p198
Comment arrivaient-ils aux Antilles ?
"Début mars 1733, nous quittâmes la Guinée après avoir obtenu en tout quatre
cent quarante-trois esclaves mais au moment du départ, quatre-vingt-dix d'entre eux étaient morts.
Le 7 mai, nous arrivâmes à Saint Thomas (aux Antilles). Remercions le Seigneur pour sa
miséricorde ! Il ne restait plus que deux cent quarante-deux esclaves à bord :
on en avait vendu deux sur la côte de Guinée et les cent quatre-vingt-dix-neuf autres avaient
succombé. A partir du 7 mars, on perdit un esclave par jour. Ces pertes furent compensées. Dieu
soit loué, par les ventes avantageuses. Le bénéfice rapporté par les vivants dépassait largement
le coût des dommages subis."
Les bateaux négriers, p 12,
Thorkild Hansen
Comment étaient-ils répartis dans les isles ?
"Les ports de Nantes, du Havre, de Bordeaux, devaient leur prospérité au commerce avec les Antilles.
Rien que leur honteux trafic d'esclaves a occupé en 1787 près de 92 batiments jaugeant 32 500 tonneaux et ayant transporté 31 000 noirs. Saint Domingue comptait è elle seule 793 plantations de cannes, 3 450 plantations d'indigo, 789 plantations de coton et 3 177 plantations de café. Elle comptait 520 000 habitants, dont 40 000 blancs, 28 000 noirs libres et 452 000 esclaves. La Guadeloupe 100 000 habitants, 85 000 esclaves. La Martinique 85 000 habitants dont 71 000 esclaves."
Les Antilles, berceau de la colonisation française, p 47,
Gratien Candace
Comment les distinguait-on ?
"Et il va du pays comme il en va de ses habitants. Ces derniers, marqués au fer rouge dès le premier jour afin que le maître puisse s'y reconnaître dans son bétail, enregistrés sur les livres d'approvisonnement entre les barriques de viandes de cochon salè et les rouleaux de toiles des Indes. Ah ! île où toute fuite est déjà perdue parce que nul lieu n'y est vierge."
La lessive du diable, p 87,
Raphaël Confiant.
Comment étaient-ils régis ?
"Au mois de mars 1685 parait, en 60 articles, un "édit du roi concernant la discipline de l'église et l'état et la qualité des nègres esclaves aux iles de l'Amérique". Ce document, connu bientôt sous le nom de code noir, restera jusqu'à l'abolition de l'
esclavage, le texte fondamental en la matière."
L'esclavage aux Antilles Françaises (XVIIe-XIXe siècle), p20,
Antoine Gisler, C.S.S.P
Comment étaient-ils considérés ?
"Les noirs venaient des solitudes africaines et avaient respiré, la-bas, un air embrasé. Achetés par des traitants et transportés à des milliers de lieues de leur pays, ils apportaient leur insouciance rieuse, leur bonhomie et leurs vices. La nature du nègre n'est pas riche à l'égard de celle de l'Indien. Là où celui-ci s'attache et se dévoue, l'autre semble
ignorer qu'il vit et ne cherche que de naïves jouissances. On peut faire de l'Africain un esclave, on n'en fera pas un serviteur."
La Martinique-Catastrophe de Saint-Pierre (1902) pp47-48,
F. de Croze.
"Les juristes en France n'étaient pas allés jusqu'à déclarer immeubles par destination les bestiaux et les instruments aratoires. Les nègres, assimilés
aux bestiaux, auraient dù être considérés comme meubles et leur saisie se faire indépendemment du fonds. Il en fut autrement."
Histoire économique de la Martinique (1635-1763) p252,
Louis Philippe May.
"Les esclaves demeurent, comme l'avait précisé L'Edit de 1685, "le Code Noir", de nature
meuble mais sont néammoins considérés dans certains cas comme immeubles par destination..."
Histoire antillaise, La Martinique et la Guadeloupe du 17e à la du 19e siècle
, p 160, Liliane Chauleau.
"Les esclaves des Espagnols et des Anglais se sauvaient et venaient vivre chez nous. Le Français les traitait bien, par intérêt un peu, sans doute, puisque c'était son cheptel, par humanité aussi, par douceur congénitale, par influence chrétienne et encore avec la curiosité amusée, bienveillante et dédaigneuse qu'il a pour les enfants, les petits animaux, les nains et les primitifs."
LES ISLES, pp 18-19, Raphaël Barquissau.
Comment vivaient-ils ?
"Rassemblés au centre de la plantation, la maison du maître, les cases à esclaves et le moulin à sucre commandant la nouvelle organisation économique
et sociale des iles et deviennent le symbole d'une civilisation coloniale fondée sur le travail servile."
La Guadeloupe, p276,
Guy Lasserre.
Comment les habillait-on ?
"Dans les débuts de la colonisation, en effet, les maîytres vivaient dans l'idée que le captif, arrivé nu d'ailleurs des batiments négriers, se trouvait exposé à un climat brûlant
qui ne nécessitait la protection d'aucun vêtement. Ils donnèrent quand même un minimum au nègre pour couvrir sa nudité."
Les
marrons en liberté, p73, Jean Fouchard
Comment apparaissaient-ils nus ?
Gilberto Freyre
rapporte que
"Imbert, dans ses conseils aux acheteurs d'esclaves, souligne la nécessité de faire
attention aux organes sexuels des nègres, d'éviter d'acquérir des individus qui les ont peu
développés ou mal conformés. On craignait qu'ils ne fussent de mauvais procréateurs."
Ceci expliquant peut-être cela :
"Pourtant, une force plus puissante que sa volonté tenait son regard attaché à
l'esclave. Depuis qu'elle était à la Martinique et qu'elle voyait des nègres nus, elle était
frappée par les sexes démesurés des mâles.
[--] Se pouvait-il qu'il y eut des blanches qui fussent faites autrement qu'elle et puissent être
le réceptacle d'un membre aussi volumineux ?"
Marie des Isles, p467,
Robert Gaillard.
Comment travaillaient-ils ?
"La journée de travail commençait avant le lever du soleil ; le tintement d'une cloche, ou des ordres criés dans une conque marine, éveillaient les esclaves qui dormaient entassés dans leurs cases sous leurs couvertures en haillons.
On découvrait fréquemment, mais trop tard, qu'il s'agissait d'une fausse alerte, car il arrivait aux veilleurs de confondre le
rayonnement bleuté de la lune avec la lueur orangée du soleil levant. Vétus de laine grossière, chargés de houes, de serpes et de provisions pour leur petit déjeuner, les esclaves s'ébranlaient sur commandement vers les champs de canne à sucre."
La traite des noirs à travers l'Atlantique (1441-1807) p139, James pope-hennessy.
Comment payaient-ils des impots ?
"Les esclaves employés dans les villes et bourgs, ainsi que ceux attachés aux bateaux, canots de poste et passagers, les senneurs et pêcheurs, ceux attachés aux fours à chaux et poteries, paieront un droit annuel de trente-trois livres par tête ; paieront le même droit les nègres vinaigriers, autres que ceux dépendant des sucreries, sans néanmoins que le présent arrêté puisse nuire et préjudicier aux personnes qui ont des titres d'exemption."
Imposition de 1788 fixée par l'assemblée coloniale.
Comment étaient-ils malades ?
"L'autre nègre qui me servait s'aperçut un jour que ce petit garçon mangeait de la
terre ; il m'en avetit, je fis tout ce que je pus pour l'en empêcher, mais ce fut en vain ; il continua d'en manger, devint hydropique sans qu'on pût y remédier, parce qu'on ne pouvait pas en ôter la cause, qui était une mélancolie noire qui le portait à cet excès."
Voyage aux isles de l'Amérique (Antilles). (1693-1705), p140,
RP. Labat.
Comment étaient leurs cimetières ?
"Les esclaves n'avaient pas droit à la sépulture chrétienne. On les jetait à la boue des marais. Dans certains endroits ils arrivaient cependant à rendre une sorte de culte à leurs morts."
Le Monde tel qu'il est., p267
Salvat Etchart.
Comment mangeaient-ils ?
"Pour préparer la nourriture, une vieille négresse ou une femme près d'accoucher était laissée dans une case. A l'heure du repas, chaque esclave se présentait avec son coui et le commandeur distribuait les portions que le travailleur emportait dans sa case pour manger à sa guise durant le très bref
repos de la mi-journée qui lui était accordé."
La Guadeloupe 1492-1848 p113, Henri Bangou
Comment parlaient-ils ?
"Pour se faire entendre, pour obtenir de son matériel humain le maximum de rendement, le blanc enseignera tous les mots necessaires, mais rien de plus ; de son côté, le noir répêtera de son mieux ce qu'il aura entendu ou cru entendre, il gardera de sa langue les mots qu'on aura pas su lui traduire en langage de France, il y ajoutera les mots étrangers que les rapports commerciaux ont introduits dans le pays et, voilà créé, le langage hybride qui pendant deux siècles (c'est-à-dire
jusqu'à l'abolition de l'esclavage et à l'enseignement obligatoire du français) a ètè le vrai lien entre ces deux occupants d'un sol qui n'appartenait ni à l'un ni à l'autre."
Du français aux parlers créoles; pXXI, Elodie Jourdain
Comment devenaient-ils chrétiens ?
"Dès que ces Africains comprenaient un peu la langue simplifiée à leur usage qui s'appelle le créole on leur donnait un rudiment d'enseignement religieux, et, au bout d'un an ou deux, ils étaient baptisés. Ils allaient au baptême par fournée de dix, quinze, vingt à la fois ; ils y allaient comme ils allaient au travail, sans en bien comprendre la signification et sans grand changement dans leurs moeurs."
Histoire religieuse des Antilles Françaises des origines à 1914, d'après des documents inédits, p 179,
J. Rennard.
Comment s'appelaient-ils ?
"Il est facile de reconnaître la plupart des descendants d'esclaves. Ceux-ci n'avaient, en effet, qu'un état civil des plus sommaires, où ils étaient désignés par un simple prénom. Lorsqu'on les a libérés en 1848, il a fallu leur trouver des
patronymes.".
La Martinique, p244,
Eugène Revert.
Comment se mariaient-ils ?
"Le mariage était toléré entre esclaves qui le désiraient. Le maître ne pouvait user d'aucunes contraintes sur ses sujets pour les unir contre leur gré. Mais les enfants qui naissaient des liaisons légitimes des esclaves gardaient, comme un pêché originel, la tâche servile de leurs parents : ils étaient contraints, leur vie durant, à la servitude."
Hisoire politique, économique et sociale
de la Martinique sous l'Ancien Régime (1635-1789) p301, C. A. Bambuck
Comment avaient-ils des enfants ?
"Les enfants qui naîtont de mariages entre esclaves seront esclaves et appartiendront aux maîtres des femmes esclaves, et non à ceux de leur mari, si le mari et la femme ont des maîtres différents."
Article 12 du Code Noir de 1685, article 9 du Code Noir de 1724