ALLOCUTION DE MARC LAURA. (15 août 1973)


Monsieur le Maire,
Madame la Présidente d'honneur,
Mesdames, Messieurs, chers Amis.

Sensible à l'honneur qui m'est fait, je remercie le comité des fètes, qui en m'offrant cette présidence, me permet aujourd'hui, de vous livrer mes impressions sur cette commune.
Je me souviens de l'époque où jeune écolier au lycée Schoelcher, il m'arrivait de parcourir à pied les douze kilomètres qui séparent Fort de France de Case Pilote. Les temps ont bien changé ! La route qui conduit à Case Pilote, elle aussi, a changé... Désormais avec la nouvelle route, l'entrée du bourg s'ouvre entre l'église et le Monument aux Morts. Les hasards de la topographie ont voulu que cette entrée soit précisémment sur l'emplacement qui fut à l'origine de la paroisse.
En effet, l'église a été construite là où il y a plus de trois siècles s'élevait le premier édifice religieux voué à Notre Dame de l'Asomption : ce patronnage explique encore notre fête d'aujourd'hui.
LeMonument aux Morts a été érigé sur une terre dans laquelle on enfouissait les esclaves. Ainsi ce monument associe à ceux qui sont morts pour sauver la France ceux qui ont vécu pour construire la Martinique... Une pancarte rappelle l'ancienneté de notre église, je verrais bien, en face, une autre pancarte avec ces mots : "Ici il y avait un cimetière d'esclaves."
Si Case Pilote, comme nous le constatons, a quelques raisons de s'enorgueillir de son origine lointaine, peut-elle être satisfaite de son présent ?
De fait, Case Pilote, une des quatre plus anciennes paroisses de l'ile, une des vingt plus anciennes commune de la Martinique, n'est entrée dans l'ère moderne qu'au début de la seconde moitié du vingtième siècle. Elle y est entrée par une généralisation de l'électricité, par la réfection des rues, par l'installation de l'eau courante, par la construction d'un groupe scolaire, par l'aménagement d'un terrain de sport digne de ce nom.
Mais depuis 1968, date de mon dernier passage parmi vous, de nouvelles réalisations ont vu le jour : la municipaité a mené à bien un programme de logement et une oeuvre d'aménagement socio-culturel. C'est par là, à mon sens, que notre commune pourra développer sa personalité propre et accroitre sa vitalité. Cette vitalité je l'ai vérifiée : c'est en effet, avec joie, que j'ai repris notre ancienne route pour rejoindre la cité, ce nouveau quartier où je pense il fait bon vivre.
Mais, je crois que la véritable personalité de Case Pilote réside au coeur du bourg. La grande route déviant la circulation restitue son charme et son indépendance à notre petite place qui de tous temps a été le fleuron de la commune. On ne vantera jamais assez la beauté de cette place, avec sa fontaine, son marché, ses bancs et ses arbres. Maintenant ce cadre prend vie le soir, grâce à l'heureuse transformation de notre vieille école municipale en foyer de distraction et de rencontres... Il est une autre source de vie à laquelle j'ai été particuliérement sensible, je veux parler de la Maison des Jeunes.
Jeunes de Case Pilote, c'est dans l'enceinte de ce batiment que vous pourrez forger les bases d'une activité créatrice. Cette maison est la vôtre, elle doit devenir le reflet de vos aspirations profondes, elle doit traduire votre volonté de modeler notre commune en tenant compte de sa singularité et aussi de ses problèmes.
Située entre la mer et la campagne, Case Pilote, peut-elle négliger l'un ou l'autre de ses horizons ? Il est certain que la perte en mer de nos trois pêcheurs en juin dernier, que la faible participation à la fête des cultivateurs en juillet, expriment les difficultés qui demeurent. Les jeunes doivent en être conscients : Case Pilote sera ce qu'ils voudront qu'elle soit.
Aujourd'hui ces jeunes ont préparé une partie de notre fête, je suis sûr qu'ils ne nous décevrons pas. Dans cette perspective, de tout coeur avec vous, je souhaite vie et progrès à notre petit village.
Vive Case Pilote !

Après le vin d'honneur, continuons la fête